UNE JOURNÉE À SOI

 

La figure de la journée joue un rôle privilégié dans la culture occidentale, depuis les recommandations pour le règlement de la vie individuelle dans les écrits stoïciens et épicuriens, les récits de bataille chez Homère, ou les propos sur les jours fastes et néfastes dans Les Travaux et les jours d’Hésiode (titre repris par Michel Vinaver pour une de ses pièces relevant d’un théâtre du quotidien)1. Par la suite on peut citer, en vrac, les chartes et livres d’heures monastiques, la réinvention de la règle des trois unités dans le théâtre classique, la montée de l’homme économique et pratique à l’époque des lumières, la pensée utopiste générée par la révolution industrielle (Fourier par exemple), la naissance du genre du journal intime dans le contexte du romantisme (mais liée aussi à certains aspects du protestantisme)2, les grandes œuvres modernistes — Ulysse de Joyce, Mrs Dal-loway de Virginia Woolf, « Zone » d’Apollinaire, et leurs échos dans des œuvres ultérieures comme Sous le Volcan de Malcolm Lowry, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig, Au jour le jour (Seize the Day) de Saul Bellow, Degrés de Michel Butor, Histoire de Claude Simon, Fils de Serge Doubrovsky, Une Journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne, Étrange façon de vivre d’En-rique Vila-Matas, La Traversée du Luxembourg : ethno-roman d’une journée française de Marc Augé, ou encore Le tour du jour en quatre-vingts mondes de Julio Cortázar, recueil de petits essais sur les richesses que peut receler une seule journée terrestre. Récemment on a pu consta-ter un retour au one-day novel (roman d’une journée) dans le roman anglo-américain, par exemple dans Samedi d’Ian McEwan, Cosmopolis de Don de Lillo et Les Heures de Michael Cunningham, où nous retrouvons Virginia Woolf, protagoniste d’un des trois récits parallèles de journées féminines qui font la trame du roman.

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