PLACES ET ESPACE PUBLIC DANS LA VILLE EUROPÉENNE

1. Au cours des dix dernières années du siècle, et dans les dix premières du nôtre, les villes européennes ont redécouvert la place. Stimulées à l’origine par le succès des initiatives menées en Espagne — à Barcelone surtout — aussitôt après la chute du régime franquiste et la reconquête de la démocratie, elles prennent de plus en plus conscience que les citoyens n’ont jamais cessé de manifester leur attachement aux places, ou d’appeler à en réaliser de nouvelles.

Malgré l’attraction puissante et chaque année plus forte d’autres centralités périphériques inédites — les centres commerciaux, les espaces du loisir de masse, les nœuds les plus importants et les plus accessibles du trafic motorisé —, les places sont encore les lieux dans lesquels anciens et nouveaux habitants de la ville retrouvent et réaffirment leur identité sociale et communautaire. Mais à certaines conditions, semble-t-il : qu’elles soient attirantes, accessibles, bien aménagées, propres, bien éclairées, animées ; et bien dessinées.

Ce livre fournit un aperçu de la période récente et extraordinaire où les places ont fait l’objet d’énormément de requalifications menées par les municipalités, dans toutes les parties de l’Europe ; il sélectionne un échantillon de 52 places et synthétise l’histoire de leur renouveau.

Un échantillon si vaste permet de comprendre les raisons du succès rencontré par ces initiatives, et de présenter un répertoire des bonnes pratiques de projet mises en œuvre à chaque fois. C’est ce que nous ferons dans les pages qui suivent, non sans avoir d’abord réfléchi sur le fait que pendant des années, dans la période d’expansion la plus importante que les villes européennes aient jamais connue, on n’a plus projeté de vraies places. Pourquoi ?

Parce que personne n’en demandait, pourra-t-on dire, alors qu’elles étaient autrefois la réponse la plus éloquente aux exigences d’affirmation des autonomies communales et d’auto-représentation du pouvoir politique, économique et religieux. Mais il est tout aussi exact que l’urbanisme et l’architecture, dans leur progression disciplinaire, ont plus ou moins délibérément exclu les places, ou du moins les espaces en mesure de le devenir avec le temps, des objets auxquels ils se sont intéressés. L’action urbanistique, telle qu’elle a été conventionnellement définie dans ses contenus par les lois, pratiquée dans la rédaction des plans par les urbanistes, gérée dans ses principes normatifs par l’administration, avait exclu pendant des années tout intérêt pour la qualité de l’espace public.


 

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