LOUIS MARTINEZ, traducteur du Docteur Jivago et d’Ossip Mandelstam

LOUIS MARTINEZ ÉTAIT NÉ À ORAN, le 16 février 1933. Élève du lycée Lamoricière d’Oran, il acheva sa scolarité à Paris, au Lycée Louis-le-Grand de 1950 à 1953, avant d’intégrer l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Son professeur à la Sorbonne était un grand témoin de la Révolution de 1917, Pierre Pascal. Louis Martinez fut reçu premier à l’agrégation de russe en 1957. Parce qu’il avait séjourné à Moscou en tant que boursier pendant les années 1955-1956, il connaissait l’URSS autrement que par le prisme de l’idéologie : dans l’hexagone, jusqu’à une date récente, sa liberté de parole et sa détermination furent rarement comprises. 

À côté de la Russie dont il suivit inlassablement les convulsions, les pensées et la nostalgie de Louis Martinez étaient invinciblement tournées du côté de l’Algérie. Au terme d’un long service militaire effectué dans le cadre de la Guerre d’Algérie, il retrouva en 1961-1962, en qualité d’enseignant, le lycée Lamoricière. Devoir quitter sa terre natale orienta douloureusement sa vision du monde. Sa carrière universitaire se déroula à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence où il enseigna à partir d’octobre 1964 jusqu’au moment de la retraite, en 1996. 

Le 14 juillet 1956 fut une date mémorable dans sa vie de traducteur. Pour une première et dernière fois, il avait rencontré Boris Pasternak à Peredelkino, près de Moscou, pendant toute une journée. 

L’auteur du Docteur Jivago entreprenait de faire traduire le manuscrit dont l’URSS refusait la publication. Louis Martinez rencontra ce magnifique interlocuteur en compagnie de Michel Aucouturier, par ailleurs proche de deux françaises, Hélène Peltier et Jacqueline de Proyart, très impliquées pour qu’existent hors du monde soviétique l’œuvre et l’auteur à qui fut décerné le Prix Nobel. Ces quatre personnes négocièrent auprès de Brice Parain et des éditions Gallimard la possibilité de traduire Le Docteur Jivago : rue Sébastien-Bottin, leur audacieuse démarche trouva un ardent défenseur en la personne d’un compatriote et ami de Louis Martinez, Albert Camus. Le temps pressait, chacun prit en charge un quart du texte, Louis Martinez remit sa contribution le 9 janvier 1957. Après quoi, les dirigeants communistes exercèrent de lourdes pressions pour que Pasternak refuse le Prix Nobel. Un cancer acheva ses forces, le 30 mai 1960. 

 

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