Venise à main levée


pour Odile. 


L’ULTIME STATION avant l’éternité vont débarquer, et c’est étrange, des corps librement consentants — pourtant encore gorgés de sève ! 

Dès la halte annoncée, trois plâtriers balafrés de lumière accostent sans un mot une déesse roturière à talons hauts déjà mêlée au chœur des veuves grises ! 

Ils longent maintenant l’enclos rose. Ils ne sont pas pressés d’arriver chez les morts, mais ils y vont, portant des fleurs, dans l’urne de leurs cœurs, ou ces outils qu’ils iront déposer à l’ombre aimable des cyprès où la vie, pour eux, continue. 

  

Le grand serpent carnavalesque du canal s’étrangle à son garrot. Nous débouquerons avec lui dans l’aval d’un pont couronné dont la tiare de pierre attire, tout au long du jour, les mouches de la foule. 

Est-ce un visage que je cherche au tarot des façades ? Une réponse ? Le reflet des balcons d’Amelia sera sauvé des eaux. Mais pour la Ca’Boldu peut-être bien qu’il est trop tard : le bonheur ingénu de l’enfance a moisi derrière les hauts pieux festonnés où, déjà, dandinent les cygnes funèbres

 

Un Vésuve de poche éventré vocifère, dans l’angle obtus d’une verrière, en remâchant son aligot de silice et de carbonate. 

Le verrier lui ravit un astre incandescent. Il règle sa révolution, décide de son éclosion, le pare en quelques tours des anneaux de Saturne. Et le souffle, alors, mâte et lisse : il précède le Verbe. 

Le même Vulcain pince, maintenant, deux amygdales en fusion qu’il métamorphose en oreilles dressées, puis en cheval, dont il étirera le corps brûlant le temps que vive la matière avant de se figer — semblable au poète en cela. 

 

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