S’épanouir

 

Poèmes traduits de l’anglais par Alberto Frigo. 

 

Bowl 

Give me a bowl, wide
and shallow. Patient
to light as a landscape open
to the whole weight
of a deepening sky. 

Give me a bowl which turns
for ever on a curve
so gentle a child
could bear it and beasts 
lap fearless at its low rim. 

 

Coupe 

Donne-moi une coupe, large
et basse. Supportant
la lumière comme un paysage ouvert
à tout le poids
d’un ciel qui se creuse. 

Donne-moi une coupe qui tourne
éternellement, d’une courbe
si douce qu’un enfant
pourrait la porter et les bêtes
s’abreuver sans peur à son bord discret. 

 

Lupa 

The first litter had been unerring.
No sooner had she licked them clean,
eaten the slippery membrane, than they found their way
to a teat, sucked themselves strong;
at times gnawed at her
till she was raw. 

These big bald ones really hadn’t a clue.
They made a noise that her milk could stop
but they did not know how to find the milk.
She developed a way of arranging her limbs,
keeping her claws sheathed, to support and cradle
the babies, who also wrapped arms 
round each other. 

Yet because they pulled down her milk
they were hers. She wanted to keep them.
When the first man came she went for his throat,
snarled to protect her incompetent children.
They clung together, preferring the safety of her shelter
to that of the tall noisy creature
who claimed them. 

Then four men came. They carried the carcass
of a sheep which they flung down some distance away,
meaning to distract her.
She looked over there,
raised her muzzle and scented the air. 

 

Lupa 

La première portée n’avait pas hésité.
À peine les avait-elle nettoyés de sa langue, 

avalé la membrane glissante, qu’ils avaient trouvé d’eux-mêmes
le chemin d’une mamelle et tétaient pour gagner des forces ; 
ils la rongeaient parfois
jusqu’au sang. 

Ceux-là, grands et nus, n’avaient vraiment aucune idée.
Ils faisaient un bruit qui cessait avec son lait
mais ne savaient comment trouver le lait.
Elle sut disposer ses pattes, 
rentrer les griffes, pour soutenir et entourer
ses petits enlacés
l’un à l’autre. 

Puisqu’ils tiraient son lait,
ils lui appartenaient. Elle voulait les garder.
Quand vint le premier homme, elle lui sauta à la gorge,
grogna pour protéger ses enfants ignorants de tout.
Ils s’accrochaient, préférant la sûreté de son abri
à la grande et bruyante créature
qui les réclamait. 

Puis vinrent quatre hommes. Ils portaient la carcasse
d’un mouton qu’ils jetèrent un peu plus loin,
espérant la distraire.
Elle y lança un regard, 
leva le museau et flaira l’air. 

 

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?