Ensuite

 

1. Osiris,roidesmorts

 

La longue barque glisse entre les nymphéas
Pirogue du Seigneur des « Millions d’Années ».
Des mystères fondus aux brumes du delta,
D’un monde soleilleux la vérité est née : 

 

Osiris en morceaux et puis émasculé
Comme le cœur d’Isis, son corps est en charpies.
Dans le Nil un cadavre a été basculé
Et, milan devenu, elle lui rendit vie. 

 

Enfanté d’amour seul, son fils posthume Horus,
À Seth, deux fois honni, infligea sa vengeance,
Et le pays rayonne encor du roi qu’il fut. 

 

Portant de Haute-Égypte une couronne blanche
Son père la nuit est le souverain Orion
Dont les trois points en ligne un phallus dressé font. 

 

 

2. La mort de Socrate 

 

De sa mère accoucheuse il tient la maïeutique
Et toute vérité n’en vient donc que du ciel.
Mais Mélétos déniant la grâce de l’Attique
Livre à la mort celui qui se rit de son fiel. 

 

Socrate a confirmé cette insigne sentence
En condamné qu’il est « à trois voix seulement »,
D’autant plus qu’il jouit d’une grande innocence,
Mort, il se voit heureux « comme un grand roi persan ». 

 

Des rayons de soleil dorent encor l’Hymette
Quand la ciguë il boit insouciant d’un trait
Sans que, sa vie entière, en rien il se démette. 

 

En Socrate qu’on lit qui ne se reconnaît ?
De son esprit Platon a fait un paysage
Qui, lumineux, de vivre, en secret, nous soulage. 

 

 

3. Le «transi» de Ligier Richier, à Bar-le-Duc 

 

D’une très belle ville elle est comme un brouillon.
À Bar-le-Duc le Haut, la Collégiale est fière.
De la beauté sculptée elle exhibe un souillon
Qui d’un grand amoureux enjolive la bière. 

 

À bout de bras levé qui montre un cœur conquis
De Chalon aura fait sa plus grande victoire.
À la mort elle-même, amour l’en a ravi
Et d’un transi Richier magnifie son histoire. 

 

De sa tête de mort il esquisse un souris,
Et de côtes à vif d’un blanc de cathédrale,
Expose son squelette et déclame son dit. 

 

De Saint-Étienne enfin quand se tait la chorale
En grand chef d’un orchestre au silence soumis,
Et d’amour et de mort confond les infinis.

 

 

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