Le miroir et puis le sacri ce d’André Tarkovski

Au commencement était le Verbe, dis papa, pourquoi ?

A.T. 

Pour nos enfants. 

 

Au-dessus d’elle, sur le chemin qui part vers la forêt,
une maison brûle.
Est-ce celle du père où fut l’enfance
que rien ne clôt ?

 

Plus avant dans les rêves on voit
la guerre, la boue sans nom où s’enlisent
les hommes, eux aussi couleur de boue,
ravagés de néant.

 

Tout cela la traverse mais ne la peuple pas.

 

Elle regarde, appuyée à la barrière qui rien n’enferme
l’immense et tendre mouvement des herbes
que pousse le vent, le chemin qui se perd.

 

Qu’attend-elle, toute femme et toute mère ?
Quelle brisure du temps, quel passant mystérieux
que rien n’arrête mais qui éclaire le soir ?

 

Les enfants jouent dans la maison silencieuse.
De grandes images se lèvent.

 

Quels songes nous habitent ?
Qui, jour après jour, viendra nous visiter ?

C’est un anniversaire,
ils disent fêter celui dont l’âge est là.
Et chacun jouera le simulacre de la joie,
son ébriété de pacotille
que disloquent et relancent l’ire de l’épouse,
la suffisance du beau docteur,
et toute la logorrhée anxieuse
d’un vieil acteur fuyant sa propre fête.

 

Tout cela vite reconnu et que nous savons par cœur,
rien que si souvent le manteau de nos vies :
compliments de façade sur l’amour lézardé. 

 

À l’écart, en sauvegarde, seul demeure l’enfant,
petit garçon que protège la servante au grand cœur
et qui arrose l’arbre et qui toujours se tait. 

 

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