Matins

C’EST LE MATIN. La cuisine est chaude. Elle sent le café, le pain grillé, le savon de Marseille.
Une vieille dame toute de tendresse et de dévouement l’a levé. Elle est toujours coiffée d’un chignon gris et blanc, jamais dénoué. Petite, boulotte, d’une humeur constante, si bien qu’il ne comprendra que fort tard qu’elle ait eu, comme chacun, ses moments de doute, de solitude, de tristesse, voire d’angoisse à ses heures dernières ; elle qui fut pour lui la constance, la paix intérieure, la foi sereine, l’affection que rien, ni temps, ni tourments, ni domination, ni puissance, n’aura su ébranler. 
Elle l’a levé, habillé, coiffé. Dans sa chambre. Avant qu’ils ne descendent ensemble à la cuisine. 

La maison vibre, bruit, mais sans agitation. C’est l’heure du matin : ni silence ni fièvre. Frères et sœurs sont partis au lycée, à l’université, ou vont bientôt s’en aller sur leurs vélos et mobylettes. Certains n’habitent déjà plus la maison, demeurent loin, dans de grandes villes. Il ne s’en souvient pas vraiment. Seraient-ils encore là, leur présence à cette heure ne le marquerait guère. Car à cette heure très précise, juste avant de partir pour l’école, rien n’existe pour lui que l’homme qui va bientôt arriver et toute son attention se rive à sa venue imminente. 

 

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