L’almanach de la péninsule

(Suite.)

PRENDRE l’autoroute de Bâle à Hambourg, c’est pénétrer à l’intérieur d’une fourmilière, bruyante, affairée — efficacité d’un monde qui ne présage rien de bon. C’est seulement après Aalborg, Danemark, que la camisole se desserre : ce qui vient vers vous ou vous dépasse, s’égrène, se raréfie, s’estompe.
  Passé Hjøring, plus rien devant soi, plus rien non plus dans le rétroviseur. Au-dessus de vous, aux avions succèdent les mouettes. L’autoroute a intégré un paysage. Les bas-côtés d’herbes grises ondulent au vent, mouvement qui se propage sur les champs maigres jusqu’à l’horizon. La bruyère attend sa floraison d’avril. Dans le pare-brise, les averses sombres circulent, certaines sont rattrapées ; un fragment d’arc-en-ciel prend place, un instant; à droite de la vignette, une éclaircie bleue.

  Comme ceux qui étouffent dans ce monde toujours plus saturé de signes et de bruits, je me dirige vers les bordures, vers des terres exposées et souvent nues, dont la géographie brusque et sévère tient bavards et promoteurs à distance. 

 

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