OÙ VA SE TERRER LA LUMIÈRE

 

1.

au petit jour, la lumière ; pitié pour vous d’une assem-blée debout, presque morte, de vos faces de graine noire, elles se détournent, un peu de notre vie s’en va, on essuie la salive des dernières phrases, à s’approcher de vos os — sèches ficelles encore un peu se tendent — on entend le sol qui verse ; un pan de forêt, la lumière l’a jauni plus haut, dans la laine des cimes ; vos yeux raturent la géométrie des parquets, sous la fripe de vos mains, inutile d’attendre un geste qui referait l’espace, celle qui écrit, en suspens sur la page, s’endort devant la flamme ; dire ces visages, ils n’aspirent plus qu’au terrier d’un vieux soleil où disparaître ; dans le piano mécanique frappe le feutre des âmes en bois, et vous, même corps tenu debout sur le fond de la terre, la pluie a fait noircir encore vos silhouettes

2.

…quant à nous, tirant nos courroies serrées sur le corps du mal, quel visage portons-nous qui arrache des aiguilles à l’air vif, quelle fumée envenime nos paupières entre les murs ? rauque, un ciseau s’enfonce dans la res-piration, ceux-là suffisent parfois qu’on croise, ceux-là et la haine — la nôtre ? nous estourbirait un seul de ses poings, là, sur les grès mal scellés du soir, et pour dérou-ter la cohue qui force dans les phrases, encore une fois, ne serons-nous pas réduits à couper court ? verbes qui s’acharnent, gravats, pavés d’une rue s’effondrant dans son gosier de pierre, c’est à notre étouffement qu’on œuvre, chaque voix s’esquinte à en déchirer une autre ; pour entendre s’irriguer l’ombre : apprendre à fouir, plus opiniâtre encore, le puits du souffle ; là ?

 

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