LA LYRE GRECQUE (I)

  

Un deux trois soleil.

L’un de mes amis avait deux chiens : un boxer et un jeune chien loup. Le boxer, vieux briscard, débauchait le chien loup pour aller égorger les poules dans les basses cours des fermes voisines. Toujours le chien loup était pris, jamais le boxer. Une nuit, le maître réussit pourtant à le sur-prendre. Blasco (c’était son nom), comprenant qu’il avait été repéré, fila sans demander son reste. Le lendemain, quand son maître l’appela, il sortit de sa niche à reculons, offrant son arrière-train à la raclée, cou-vert de honte, comme un honnête traducteur pris la main dans le sac.

Il y a autour des traducteurs (je parle de littérature) un halo de plaintes et de grincements de dents. On les voue au pilori ou à la géhenne, ces traîtres. Rien là que de normal. Mais, au nom de l’humilité, voilà qu’ils en rajoutent et se donnent des verges pour se faire fouetter, diserts sur tout ce qu’ils ont perdu en chemin, tout ce qu’ils ont raté, tout ce labeur « ingrat » qu’ils ont consenti pour un résultat si « modeste », l’essentiel du texte, ce qu’il aurait fallu traduire « à tout prix » étant naturellement « intraduisible ». Au pire, des tâcherons, au mieux des passeurs, comme Charon le nautonier, larbin des Enfers.

J’en rajoute ? Je ne crois pas. J’ai eu plutôt envie de rire en lisant un article sur le traitement infligé aux traducteurs de Gunther Grass. Qu’on en juge : « Les traducteurs se rassemblent pour plusieurs jours de travail avec l’auteur (…). D’autres fois, la rencontre a lieu “ sur le terrain ”.

 

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