APHORISMES & GRI GRI


 

Le jour du printemps.

Née le 21 mars 1931 (le jour du printemps), Alda Merini est, dès l’âge de quinze ans, reconnue comme une poétesse de grand avenir[1]. À Milan, elle fréquente Quasimodo, Manganelli, son premier grand amour, sur lequel elle pose des yeux de tigresse. En 1953, elle publie La présence d’Orphée, en 55 Peur de Dieu et Noces Romaines, en 61 Tu es Pierre, et puis plus rien. Pendant vingt ans, plus rien. Elle est folle. Internée dans plusieurs asiles psychiatriques

Elle est folle, c’est-à-dire qu’à la maison, elle se sent lasse, broie du noir, se renferme sur elle-même. Détachement, réserve, hyporéactivité… Son mari, qui n’est pas psychiatre mais propriétaire de boulangeries, juge que ces symptômes sont alarmants et demande l’internement, ce qui est légalement possible en Italie, en 1965, où « la femme est assujettie à l’homme et où l’homme peut prendre toute décision en ce qui concerne son avenir »[2].

La voilà donc (pour longtemps) chez les fous et, sur la vie asilaire et les asiles psychiatriques du nord de l’Italie, dans la seconde moitié du XX[e ]siècle, le petit livre qu’elle publie chez Scheiwiller en 95, L’Altra Verità – Diario di una diversa est un témoignage accablant : on se croirait à La Salpêtrière du temps de Charcot, pour une nouvelle version de l’Iconographie de Londe.

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