LA PIPE QUI PRIE ET FUME. Journal des Vernys (II)

23 août.

Je fume, fume les questions océaniennes du peintre…

On a tenté encore de cueillir des framboises le long du bisse et passé plusieurs heures dans des fuites de ravins. Le soleil a glissé. Nous sommes devenus des fumées, on s’enfonce dans une ombre aux lointaines étoiles. La montagne a subsisté longtemps en cendres roses comme un port au couchant. L’embellie a été précédée par cette danse grise, aiguë des martinets. Ils tissent nos pensées — il n’y a rien ! — de même les casse-noix, peu après l’aube qui s’éloignent au-dessus de nous avec leurs petits cris rauques où fuse le charabia du néant, en graines d’épicéa.

« Être aimé », j’écoute encore notre cri, celui de Corinna au vrai moment de mourir, quand la mort, qui nous avait quelquefois souri, fut palpable. Mais « aimer » a été le cri du Christ, jusque sur la croix, ce cri qui a déteint sur nous. L’espoir est le désespoir !

Je fume, ma pipe réfléchit, s’éteint, se rallume aux pommettes du vent.

Si ironique, si joyeux, si aveugle ce qu’inventent les oiseaux !

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?