CHANTS SÉRIEUX

 

SÖRU, Taguküla, Heltermaa, Hellamaa, Lehtma, Kalana, la rose de l’île tourne dans la tête, lente, irrégulière, parfois s’arrête entre deux sites avant de repartir — un bout de côte en défaut de nom —, égrène ses vignettes, diverses, si proches : mêlées à d’autres de contrées différentes — littorales également en même saison (d’automne, d’hiver ou de printemps) — on reconnaîtrait leur situation géographique, les détacherait sur leur commun « air de famille », la qualité d’une lumière, l’exceptionnelle lumière balte. De l’eau qu’elle baigne elle garde en tous moments, fût-ce sous le soleil, une teneur humide, une liquidité en suspens qui l’affecte de quelque chose de cristallin. Non mouillée comme celle de Cornouailles, mais translucide, composée de mille atomes dont on perçoit les vibrations. Son exacte correspondance, également unique et attachante, je la trouve dans les voix de ce pays — si bien timbrées. Les passages du jour, plus encore que ceux des saisons, sans modifier son caractère la colorent, avec netteté souvent : de bleu le matin — elle revêt alors, si caractéristique, livrée de dos de poisson —, de pâleur rosissant aux heures méridiennes, de jaune lointain dès la fin de l’après-midi. Lumière acide qui trouve à se refléter en répons dans les sols plus qu’à l’envi humides ou ruisselants, lumière forte et sans violence que le « mauvais temps » — moins la pluie que le ciel obstrué par les nuages en couches compactes — éteint d’un coup, pour longtemps parfois.

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