RETOUR AU NEZ DE CLÉOPÂTRE

CASSER du Bush est devenu un sport national, et même international — en même temps qu’une opération de diversion. Caligula, le troisième empereur romain, avait beau être dépravé, despotique et brutal, il avait caressé, dit-on, le projet tout de dérision de nommer Incitatus, son cheval favori, à la tête du Sénat puis au poste de Consul. Peut-être était-ce pour Caligula le moyen discutable de suggérer que l’Empire romain avait sa dynamique propre, largement indépendante de sa cascade de Césars. Aujourd’hui, avec le désastre en Irak et la bombe à retardement du Moyen-Orient, le problème est moins la personne du président George W. Bush que la nature et la vitesse acquise de l’empire américain — un empire né de la guerre hispano-américaine, et transformé après la deuxième Guerre mondiale en pax americana. De même que les États-Unis ont facilement supporté la mésaventure du Vietnam (et en sont même sortis renforcés), ils sont capables de surmonter sans dommage majeur le fiasco irakien. Malgré son malaise momentané, l’empire poursuivra sur sa lancée, sous la houlette du bipartisme et des grandes entreprises, et sanctifié par la bénédiction évangélique.