MILIEU ET AMBIANCE (I)

 

ON s’était promis depuis longtemps de revenir à Spitzer, du moins à un versant de son œuvre, celui de la sémantique historique. Non que l’on n’ait pas gardé un souvenir précieux des Études de style, savantes et délectables, où la finesse de l’analyse composait avec la vigueur de la polémique. Spitzer était doué d’une ouïe littéraire d’une extraordinaire acuité ; dans ce volume des Études de style, la longue analyse de l’« effet de sourdine » chez Racine en témoigne avec éclat. Mais les résultats étaient parfois discutables, et l’économie générale, d’un équilibre précaire. Ce qui paraissait tenir à des habitudes académiques de disputatio portées à quelques excès, qui se donnaient carrière dans un monde très restreint et très artificiel. S’y préfiguraient les emballements d’initiés de la critique française des trente glorieuses : ses « animateurs » ne voyant pas, en somme, que cette effervescence n’était possible qu’à proportion des abondances naissantes. (Il y aurait beaucoup à dire sur de telles coïncidences, et sur les conditions d’invention instrumentale dans les époques techniques : nuançant, dictant même la vie de l’esprit, ou plutôt ce que l’esprit désigne comme la vie à laquelle il consent.) Mais surtout on restait dans ces Études du côté des écrivains individuels et de la personnalité informant un « style », en quoi elles pouvaient faire nombre avec tant d’autres livres de métier, l’attention de Spitzer procédant d’une méthode simplement plus rigoureuse qui gardait à chaque instant le souvenir de l’ampleur des phénomènes de langue.

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