QUAND LE TEMPS SE TRANSFORME EN PRÉSENCE. Approche clinique[1]

 

POUR parler du temps, il faut du temps. Je n’aurai jamais le temps de dire tout ce que j’aimerais dire sur le temps. Le temps manque. Le temps me manque. Nous manquons de temps. Parler ainsi paraît banal. Pourtant, c’est déjà réunir et articuler deux registres essentiels de notre vie d’humains : le manque et le temps, autrement dit, la dimension du désir, en ce que le désir de l’homme est causé par un objet qui manque, un objet, cause du désir ; en ce que désirer s’effectue dans le temps, dans le temps du désir, justement.

Au cours de notre vie, nous trouvons le temps plus ou moins long. Nous courons après lui. Il nous rattrape. Il nous dépasse. Et nous ne savons pas autre chose, sinon que le temps passe, et vite. Si vite que nous sommes confrontés à la fugacité de la vie. « Qu’est-ce donc que le temps ? », se demandait saint Augustin dans Les Confessions.

« Si personne ne me le demande, je le sais. Si quelqu’un pose la question et que je veuille répondre, je ne sais plus. » Ainsi va le temps de la vie dont nous n’avons pas la maîtrise.

En psychanalyse, nous considérons le temps différemment de ce qui le mesure. Le temps mesuré par des instruments : clepsydre, sablier ou horloge n’est pas, de fait, le seul temps vécu. Dans notre pratique clinique, la dimension du temps recouvre plusieurs plans. Elle engage différents registres. L’articulation de ces plans variés constitue le milieu flottant de notre écoute. La durée des séances, leur inscription dans le temps, leur fréquence, tout cet aménagement s’inscrit dans le temps que dure une psychanalyse, dont la durée est au départ indéterminée.

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