LES TISSUS D'HÉLÈNE

 

DANS UNE RUELLE DU DORSODURO À VENISE, l’œil est soudain aspiré par un festival de draperies aux cou-leurs sourdes. Morceaux d’arc-en-ciel qui auraient séjourné dans des sables violets ? Fragments de fresques italiennes dérobés à la paroi d’une église pour être dépo-sés sur des étoffes inconnues ? Bleus de reliquaire chapar-dés pendant la sieste d’un gardien de musée ? Tissus anciens rapportés de Byzance ? Papyrus guillochés d’écri-ture cunéiforme ? Sur des soies, des velours, ou des lins qu’on dirait trempés dans des bains d’airain ou de métal, des signes étranges semblent tantôt mener entre eux une conversation secrète, tantôt participer à une chorégraphie dont les figures rythmeraient les joies d’une fête païenne. Ce ne sont plus des foulards, mais des tissus fous traversés d’éclats et lardés de signes cabalistiques, hiéroglyphes, ou graffitis qui formeraient l’étoffe d’un manteau dont dépen-draient des destinées magnifiques.

Impressions

Rien ne prédisposait Hélène Kuhn, française née à Nancy dans une famille qui aimait la musique, à peindre un jour des tissus dans la cité des doges.



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