JOURNAL DE BRÉONA

 

 

À Christophe Carraud.

 

PLUIE DRUE, BROUILLARD, NUAGES, la visibilité est nulle, la montée laborieuse. En quelques minutes, chaussures, pieds, jambes trempés par l’herbe ; cette manière de défense a quelque chose de salutaire — le lieu ne se donne pas, facile —, demande la détermination d’un choix, exige les préparatifs matériels d’un projet éminemment pratique. L’attrait, exceptionnel, du site, de la vie que l’on peut y mener vient aussi de l’impossibilité de séparer le spirituel de la voie concrète des jours.

Portages. La patience systématique qu’ils requièrent. Les cartons arrimés interdisent de soulever la claie. Puis on se souvient : les sherpas la posent sur un rocher à hauteur de reins, s’attellent alors. Les pieds cherchent ce qui peut servir de marches naturelles, fuient les roches détrempées, la boue, essaient un rythme, incertains encore, telle charge, les prochains transbordements iront mieux, plus sûrs et le dos accoutumé.

 

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