LE MYSTÈRE DU PROCÈS

 

(Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)

 

LES CHRONIQUES RACONTENT QUE LE 2 SEPTEMBRE 1792, alors que le tribunal révolutionnaire, constitué depuis quelques jours (il n’avait que trois têtes à son actif), jugeait le major Bachmann, de la Garde suisse du roi, un bruit sourd et lointain envahit la grande salle des audiences, qui portait le nom de saint Louis[1]. Appelée à se rassembler par quelques coups de canon — ce canon qui, dans l’imagination du poète, devait devenir un siècle plus tard « prémonitoire »[2]—, une foule immense, la foule de toutes les révolutions, émergeait des bas-fonds et se déversait sur les rives et les ponts de la Seine.

 


[1] Titre original : « Il mistero del processo », texte d’une conférence tenue à l’Université de Catane le 4 avril 1949, dans Salvatore Satta, Soliloqui e colloqui di un giurista, Nuoro, Ilisso, 2003, pp. 39-50. Il avait initialement paru dans la Rivista di diritto processuale, 1949, I, pp. 237-288. Nous remercions M. Luigi Satta de nous avoir autorisé à traduire ces pages. (NdT)


[2]Cf. Giosuè Carducci, Rime nuove (1906), VII, 87 in Poesie di Giosuè Carducci, Bologna, Zanichelli, 1913, p. 731) : Su l’ostel di città stendardo nero / — Indietro! — dice al sole ed a l’amore: / Romba il cannone, nel silenzio fiero, / Di minuto in minuto ammonitore. / Gruppo d’antiche statue severo / Sotto i nunzi incalzantisi con l’ore / Sembra il popolo: in tutti uno il pensiero / — Perché viva la patria, oggi si muore. / — In conspetto a Danton, pallido, enorme, / Furie di donne sfilano, cacciando / Gli scalzi figli sol di rabbia armati. / Marat vede ne l’aria oscure torme / D’uomini con pugnali erti passando, / E piove sangue donde son passati. (NdT)


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