LA JOUISSANCE ENTRAVÉE. PSYCHANALYSE DU SUJET EMPÊCHÉ

 

« Il faut un empêchement pour pousser la libido vers le haut » [1].

AINSI LE CRÉATEUR DE LA PSYCHANALYSE POINTE-T-IL, dans sa « psychologie de l’amour », le lien entre désir et empêchement. C’est la résonance de cette formule — dont il nous faudra examiner le contexte — qu’il s’agit de faire entendre, comme accès de l’empêchement au statut de dimension anthropologique. L’homme n’est-il pas caractérisable comme un « animal empêché » — autre façon de définir sa condition culturelle ? Mais il s’agit de consulter ce que le savoir de l’inconscient peut faire entendre d’une telle dimension paradoxale, au coeur même du désir, ce qui donne à cette métaphore une résonance particulière.

Empêcher, c’est, en première approximation, gêner ou embarrasser quelqu’un. Le sujet empêché est donc, littéralement, « dans la gêne ». C’est aussi ce qui empêche de faire quelque chose ou de se réaliser. Qu’on pense à l’expression : « J’ai eu un empêchement ». Pas besoin d’en dire plus : façon de signifier que je ne pourrai faire acte de présence, étant dans un état d’empêchement. Peu importe la cause, le résultat est là. L’empêchement est donc de l’ordre de l’obstacle — physique ou moral — à la réalisation d’un projet ou à l’accès à un objet, mais cela touche aussi et essentiellement à la présence, à soi et à l’autre.


[1]S. Freud, « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse », section 3, in Contributions à la psychologie de l’amour.