L’almanach de la péninsule

 
Pour Silvia.

DE NOUVEAU JE REVIENS À CES RIVAGES DE LA MER DU NORD, appelé par les longues plages de sable que travaillent incessamment les forts courants marins croisant au large, en ces parages incisifs où les vents ont couru sur les flots d’un bout à l’autre de l’horizon, survolant sans s’arrêter la fine nageoire de la péninsule.

La première fois, c’était sous le grand ciel pommelé de mars... Notre arrivée ici, il y a de nombreuses années, marquait la fin d’un voyage éprouvant. La vision, d’abord par les fenêtres du train, puis à vélo, alors que le jour diminuait rapidement, de ces bosquets épars de bouleaux, des grandes landes d’herbes laissées à elles- mêmes et roussies par les gelées répétées de l’hiver danois, des champs de terre noire fraîchement labourés, chinés d’un court fil blanc de mouettes attardées, puis des dunes grises couvertes de lichens et d’oyats luisants de fraîcheur, et enfin de la mer gris-bleu, au loin, étendue jusqu’à l’horizon, avec au-dessus un lourd soleil violet, tout cela me parlait d’un lieu respirable, inspirant. 

C’est ce monde que je retrouve intact, ce soir, enfin, avec reconnaissance et bonheur.

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Assez d’espace encore ici pour interroger la plénitude, pour tenter de s’y accorder, et marcher sans rien d’autre que le désir d’avancer dans la lumière.

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Ruban noir qui court tout le long de la plage, dans les flancs du cordon littoral — deuil d’une forêt ancienne.

Jadis, vivre à l’intérieur de la péninsule, c’était l’espoir de gagner sa subsistance de cette strate serrée de tourbe déposée sur un océan de sable.

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