REVUE CONFÉRENCE -

LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL EST UN JARDINIER

ICI JE N’AI PAS L’INTENTION DE DÉCRIRE le fonctionnement du fédéralisme ni ses expressions — qui sont diverses : le régime américain comme le régime russe se disent l’un et l’autre une fédération. Mais plutôt de montrer ce que suppose le fédéralisme d’un point de vue anthropologique, ou si l’on préfère, quel genre de description de l’homme suppose la défense du fédéralisme.

Le fédéralisme comme la démocratie représentent l’expression politique concrète de la culture occidentale. Ou la manière par laquelle l’Occident se manifeste politiquement.

S’il est vrai que chacune des grandes cultures mondiales a une façon bien à elle de penser la vie et la mort, de définir le bien, et de se gouverner, alors le fédéralisme et la démocratie sont les types de gouvernement que notre culture a créés parce qu’ils lui conviennent. Ils lui conviennent parce qu’ils répondent aux exigences de l’homme tel que nous le définissons : tel que nous le décrivons, et tel que nous décrivons son histoire.

Cette approche « culturaliste » est rejetée, en France, par nombre de nos contemporains. Lesquels préfèrent comprendre la démocratie et le fédéralisme comme des outils capables de « servir » partout. Ce qui satisfait notre certitude universaliste : nos principes, donc nos institutions, sont valables non seulement pour nous mais pour tous les humains quelle que soit leur culture. Et par conséquent nos politiques devraient s’appliquer partout. Cependant je crois que les choses sont plus compliquées. Nos politiques sont directement issues de nos principes — c’est ce que je vais essayer de montrer plus bas. Elles nous sont adaptées comme un gant à une main. Aussi ne doit-on pas les considérer comme des outils qu’on peut vendre ou prêter à n’importe quel peuple. La démocratie, le fédéralisme, répondent à une culture avec sa complexité, et ne sont pas si aisément transposables ailleurs (on voit bien aujourd’hui les déceptions des Occidentaux qui croient avoir ici ou là exporté leurs institutions et s’aperçoivent un peu plus tard que ce n’est pas du tout le cas — voyez la Russie, la Libye, les printemps arabes, etc.). Mais alors, cela signifie-t-il que chaque culture serait enfermée en elle-même, condamnée à reproduire ses principes et leurs expressions, et vouée à sa particularité inexportable ? Certainement pas : il suffit de voir les influences nombreuses d’une culture à une autre dans l’histoire. Chaque société exporte et importe en termes de « valeurs ». Par ailleurs on peut croire que les principes occidentaux qui servent de soubassements à nos institutions, sont universels au sens où lorsque des peuples étrangers les rencontrent, ils ont envie de les adopter et font souvent de grands efforts pour cela. Cependant je crois que cet universel est une promesse et non un état : il est à venir, il est à fomenter par nous dans le temps. Cela signifie que nous devons respecter l’histoire des peuples et leur évolution (au lieu, par exemple, d’injurier les sociétés extérieures parce qu’elles ne respectent pas assez les droits de l’homme tels que nous les décrivons). Cela signifie aussi (nous n’y pensons jamais) que l’expression de nos principes (ici, nos politiques) sont en même temps nos témoignages sous le regard du monde. En clair : nous n’exporterons pas la démocratie par la force ni par le ricanement, mais par l’exemple, car les peuples extérieurs sont libres de se saisir ou non des principes universels. Nous n’exporterons les droits de l’homme que si nous veillons à les conjuguer avec intelligence et mesure : s’ils traduisent l’excès et la démesure, les sociétés extérieures ne verront sûrement pas là une promesse d’universel, mais une décadence de l’esprit.

 

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