L’ASCENSION NOCTURNE : DE LA LUTTE AVEC L’ANGE À L’ÉCHELLE DE JACOB

 

POUR saisir dans son ampleur temporelle et dans toute son intensité vécue la vocation foncièrement terrestre de Jacob, pour discerner la manière rigoureuse dont s’exerce, avec un acharnement de vivre inouï, sa volonté de perdurer, d’agir ici-bas sans répit, en surmontant mille embûches d’apparence fatale, il est utile de contraster son comportement avec celui du héros mythique grec Icare, et avec celui du personnage antinomique auquel est consacré le livre biblique de Job.

D’un côté, la passion prométhéenne d’Icare, son désir d’envol insensé au-delà des limites chtoniennes, loin du labyrinthe dont il est issu et qu’il efface de sa mémoire pour conquérir l’univers stellaire, en visant le cœur mortel du soleil ; fasciné comme il l’est par la conquête de l’absolu, qu’il paie au prix de son exis-tence même ; précipité, vaincu, dans les vagues de l’océan origi-nel, où il trouve sa fin. De l’autre côté, la soumission de Job aux décrets insondables du destin ourdi, à son encontre, par Satan en collaboration avec un Dieu souverain du bien comme du mal ; l’acceptation de la ruine, le renoncement funèbre de Job à l’action humaine, rendue dérisoire dans un monde qui n’est que le jouet de puissances transcendantes aux desseins insaisissables.

 

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