Obéissance et conscience


CETTE SENTENCE DU TRIBUNAL MILITAIRE DE TURIN (2) est si évidente qu’elle n’a pas besoin de commentaire. Mais avec le cas précis qu’elle résout par un propos aussi simple, elle offre une bonne occasion de tenter d’éclairer quelques concepts qui ne vont pas de soi. 

1. Obéir signifie exécuter le précepte. Tout acte d’obéissance est un acte particulier d’obéissance. Mais tout acte particulier d’obéissance est tel en tant qu’il s’insère dans un système d’actes d’obéissance. L’obéissance au précepte particulier est une obéissance rendue possible et qualifiée par tout un ensemble organique d’actes d’obéissance, par lesquels le sujet obéit au système global dans lequel il vit. 

Cela signifie qu’en tout acte d’obéissance, il y a deux motifs pour lesquels on obéit. Il y a le motif dépendant de la psychologie variée et momentanée du sujet : on obéit par automatisme, par conformisme, par discipline, par intérêt, par peur, etc. Mais audessous de cette situation psychologique immédiate et superficielle, il y a le motif profond, qui n’apparaît pas à la surface, de l’adhésion que le sujet donne au système entier, à l’ensemble entier des principes, des règles, des fins sur lesquels le système se fonde : l’acte profond, vécu plus que consciemment voulu de façon réfléchie, d’acceptation du système total et global, duquel naît le comportement normal du sujet ou des sujets, et dans lequel toute l’expérience juridique, en dernière analyse, plonge concrètement ses racines. 

Cela signifie aussi que derrière l’acte particulier d’obéissance, il y a la conscience du sujet, laquelle juge que cet acte d’obéissance est nécessaire, parce qu’est nécessaire l’adhésion à l’ordre général et concret du droit dans lequel s’organise la vie du monde social où le sujet vit. L’acte particulier d’obéissance est un acte humain, ayant un caractère de prise de conscience humaine, en tant qu’il est gouverné par ce jugement sûr et secret, en tant qu’il y a cet acte de conscience (il va de soi que dans l’instantanéité de l’acte de vie, on ne distingue pas les divers moments que l’analyse réfléchie sépare pour les exprimer ; mais est humain l’acte où la personne est engagée, précisément par ce jugement secret qui le gouverne). 

 

1 Titre original : « Obbedienza e coscienza », Il foro italiano, 1950 / V-VI, II, 47-52 ; repris dans Giuseppe Capograssi, Opere, vol. V, Milano, Giuf- frè, 1959, pp. 197-208. (NdT)
2 Sentence du 30 août 1949 : Considérant les principes généraux du droit positif, ne peuvent être admis comme excuses des motifs intérieurs qui contre- viennent au précepte constitutionnel de l’obligation du service militaire et aux normes particulières réglant les devoirs de l’obéissance militaire. Répond donc de désobéissance le militaire qui refuse d’obéir aux ordres que ses supé- rieurs lui ont donnés de participer aux instructions, au motif que les devoirs militaires sont contraires à sa conscience religieuse. Les circonstances atté- nuantes liées à des motifs de valeur sociale particulière ne peuvent lui être accordées, parce que la vie sociale et politique actuelle est fondée sur les prin- cipes d’égalité des citoyens, de liberté dans les limites de la loi et d’abolition des privilèges au profit d’un individu ou d’une faction. 

 

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