REVUE CONFÉRENCE -

Comment enseigner la littérature moderne ?


Je ne sais comment les autres professeurs parviennent à contenir ou à neutraliser l’énergie individuelle démoniaque de la littérature moderne. Pour moi, c’est difficile. 

Lionel Trilling. 

PARLER D’ENSEIGNEMENT DE LA LITTÉRATURE MODERNE, c’est aussi une manière de parler du rapport entre littérature et société, vieux sujet qu’on ne trouve presque plus la force d’aborder1. Mais quand un enseignant, dans une salle de lycée ou d’université, ouvre un roman, un recueil de poèmes ou, le plus souvent, une anthologie ou un classique copieusement annoté, et qu’il commence à lire en tâchant autant que possible de capter l’attention de vingt ou de cent étudiants, il est sûr qu’il se produit à ce moment-là quelque chose de décisif pour le rapport entre littérature et société. 

Il faut dire que les choses ne se passent pas toujours au mieux. Souvent les éléments en jeu (enseignant, étudiants, livre) ne parviennent à entrer en rapport qu’à travers l’ennui ou un sens du devoir particulièrement prononcé. Les réactions biochimiques ou culturelles qui devraient se produire quand une œuvre littéraire entre en contact avec un public de lecteurs, à l’école ou à l’université, n’ont lieu que par hasard ou par miracle. 

Si le catalyseur que devrait être l’enseignant n’agit pas et ne parvient pas à s’acquitter de sa fonction, il fait obstacle à la rencontre entre un texte et un ensemble de lecteurs au lieu de la faciliter et de la favoriser. Le message dans la bouteille, qui peut être Guerre et Paix ou Le Procès, reste ainsi enfermé dans la bouteille et poursuit sa navigation désolée dans l’inconnu. 

1 Titre original : « Come insegnare letteratura moderna ? » ; première publication en anglais, sous le titre “Is Literature Dangerous? Or, the Teacher’s Anguish”, Diogenes, 198, 2003 ; trad. fr. Daniel Arapu, sous le titre « La littérature est-elle dangereuse ? Ou de l’angoisse de l’éducateur », Diogène, 198, 2002/2, pp. 101-110. La version italienne a été reprise et légèrement modifiée dans Alfonso Berardinelli, Casi critici. Dal postmoderno alla mutazione, Macerata, Quodlibet, 2007, pp. 73-82. — Il est très rare que nous retraduisions un texte déjà traduit ; mais son importance, jointe à un certain sentiment d’insatisfaction devant la traduction existante et l’imprécision qui y affecte une référence centrale, ainsi que les quelques retouches que l’auteur a apportées à sa version publiée en recueil, nous ont invité à en proposer une autre traduction. (NDLR) 

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?
© Meet Gavern - Free Joomla! 3.0 Template 2019