REVUE CONFÉRENCE -

Entre parenthèses

 

I. 

« L’esprit de la résidence virtuelle1 consiste à entrer dans votre atelier, à être en contact avec vous, par vos textes, sans devoir fournir un journal », m’écrivez-vous, cher Antonio Rodriguez, mettant le doigt sur un point délicat, sensible. 

Filmé dans son atelier, le peintre Tapiès, tout à ses préoccupations, ignore, feint manifestement d’ignorer la présence de la caméra, même lorsque, braquée sur lui, elle intercepte le regard qu’il prétend jeter à distance sur son travail. Ponge, à l’opposé, recevant une équipe de la télévision, commençait par attirer l’attention sur le magnétophone posé devant lui et n’apparaissait qu’une fois montré son propre buste (par Fenosa), manière tant de s’amuser de son amour-propre notoire que, plus foncièrement, de nous tenir clairement à l’écart comme des étrangers, non comme des connaissances ou des amis, pour prévenir tout malentendu. 

Par définition, pas de distance mesurable entre auteur et lecteur, pas de terrain d’entente: toute vraie lecture implique que l’un s’empare de toute la place laissée libre par l’autre, s’appropriant sans réserve ce qui lui était destiné. Leur rencontre, accidentelle, relève toujours d’une erreur de parcours, voire de l’indiscrétion. Pour profitable qu’elle puisse être — exceptionnelle, j’insiste —, elle les tient en dehors de la zone commune secrète, essentielle dont ils désireraient se rapprocher, les amène à un naturel de commande, conscients, inévitablement, du rôle qu’ils ont à jouer l’un envers l’autre. Le moins est de l’assumer pleinement. Pas de laisser-aller aux « vantardises de l’individu » (René Char), d’allure débridée, non plus que de textes (c’est votre mot) à l’évidence menés à leur point d’achèvement. 

Te voilà averti, lecteur (pour le coup directement en cause) fort loin sans doute d’imaginer les bredouillements, piétinements, repentirs ayant présidé à l’élaboration de cette première page, soit en réalité le lent cheminement d’une pensée —conscience conviendrait mieux— à l’affût soumise aux caprices des mots, à d’inattendus, de fragiles échos et débouchés. Ainsi, dans son instabilité, un kaléidoscope. 

Dans l’impromptu de propos tenus à bâtons rompus, la liberté aura sa part. 

 

  • 1 Quelque peu réorganisées, les présentes notes et réflexions ont fait l’objet de quatre livraisons en ligne, une par mois, à l’intention d’une rubrique intitulée Résidences virtuelles auprès de poesieromande.ch 

 

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