Le papier, le livre : Le papier

 

EN SEPTEMBRE 2014, nous faisions paraître un petit ouvrage à tirage limité, intitulé Le Papier, le Livre. C’était une commande des Amis de la Reliure d’Art, à l’instigation de Laurent Jaquet et de Laetitia Walsh; quelques exemplaires étaient disponibles pour d’autres amateurs. L’association souhaitait proposer cet ouvrage au concours de reliure qu’elle organisait : des relieurs de tous pays, de la France au Canada, des États-Unis à la Suisse, de la Belgique à la Finlande, ont donc donné aux feuillets typographiques, et aux estampes qui les accompagnaient (un bois de Palézieux et des gravures de Pascale Hémery et de Pierre-Yves Gabioud) la traduction livresque sous laquelle se présente désormais l’essentiel du tirage. Deux ans leur furent laissés pour l’exercice de leur art appliqué à ce volume ; et en septembre 2016, tous les travaux furent réunis à la Médiathèque de Sion, qui publia pour l’occasion un fort beau catalogue sous le titre 80 reliures d’art, préfacé par Simon Roth

Cette préface porte un titre judicieux : « De l’art de métamorphoser. » Belle tradition des métamorphoses. Le texte est comme l’âne Lucius : tout un itinéraire, avant non pas une issue s’apothésant on ne sait où, mais un équilibre, comme Daphné, chez Ovide cette fois, revient finalement à la terre, le ciel même ne pouvant mettre le grappin, eût dit un Bernanos des enfers, sur une liberté farouche. Prestige têtu de l’imagination qui prend corps. L’écrit s’arrête sans se figer, transite, et dément tout de même un peu le Socrate du Phèdre. Nous en répondons toujours. 

Et donc voici une autre métamorphose, en revue cette fois : dans cet énième volet (on ne compte plus), ici même, de réflexion sur le livre, il a paru bon de reprendre celle-là, qu’avait suscitée un beau texte incisif et doux de Chappaz, qu’on lira dans un instant. Pierre-François Mettan avait redécouvert le petit placard (publicitaire, dirions-nous aujourd’hui) où il avait paru en 1949. Il fallait, s’agissant de livre, mesurer, interroger le temps écoulé, bref, commenter un peu. D’où les pages qui s’ajoutaient dans l’ouvrage à celles de Chappaz. Et, autre circonstance d’une autre nature, mais non sans analogie de métamorphose, Monique et Othmar D’Andrès, il y a tout juste quelques mois, ont retrouvé le bois que Palézieux avait gravé pour l’imprimer en double miroir sur le placard en question. Dominique Gigante, à Vevey où se trouve désormais le fonds Palézieux, l’a photographié pour nous. 

Nos remerciements vont à chacun ; et aussi à Catherine McCready, taille-doucière hors pair qui sait si bien traduire et métamorphoser tant de choses. 

Commenter, rappelait Du Bos soucieux d’exactitude étymologique(1) : accompagner de l’esprit. À quoi s’ajoute la sollicitude. Les livres, s’ils vivent, ne vivent que d’elle.

 

  • 1 Charles Du Bos, Avant-propos (1933) à Commentaire de Marcelle Sauva- geot, Paris, Stock, 1936, p.

 

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