Informer / déformer

 

JE CONNAIS PEU LE JOURNALISME, son histoire, les développements importants de la communication publique (1) moderne et contemporaine. Mais, comme tout le monde, j’en vis les bons et les mauvais côtés. Il me manque le regard de ceux qui peuvent comprendre le particulier à travers une connaissance plus générale, profonde et réfléchie. Mais, comme tout le monde, je peux y réfléchir avec profit. Et comprendre un peu de première main l’information journalistique, locale, nationale et internationale, qui pose des problèmes tous les jours, sur le papier et par voie télématique. 

Il est utile de réfléchir sur des expériences, personnelles mais communes, d’usager normal de l’information mais aussi d’émetteur occasionnel, en tant que collaborateur épisodique et parfois invité d’émissions télévisées. 

Comme usager de l’information, j’ai fait moi aussi l’expérience désagréable de trouver inadéquate à l’excès l’information sur des choses connues directement. Expérience sur laquelle les praticiens et les spécialistes ne réfléchissent pas assez, même lorsqu’ils s’occupent de dezinformatsiya2. Et occasions de constater combien l’information professionnelle des médias manipule, dénature et réinvente ce que nous avons vécu à la première personne. 

Parfois la désillusion est fatale à la confiance en l’utilité même des médias, s’ils nous informent d’une manière qui s’avère si inadéquate, si éloignée de nos connaissances directes. Découvrir dans votre journal que vous avez été en même temps à Sassari et à Palerme, en y faisant des choses que vous n’avez faites nulle part, est un amusement de courte durée. Il y a de quoi perdre l’équilibre, la prise sur le réel. Au point de faire la constatation déplaisante que pour savoir ce que vous avez vraiment fait (au sens où l’opinion, le crédit se mesurent essentiellement à cela), vous devez le savoir par le journal ou la télévision : vous avez été dans tel endroit, vous avez dit ceci ou cela, ce qui est parfois totalement faux, mais qu’il est inutile et impossible de nier ou de redimensionner, même avec vos proches, même avec votre femme. En somme, vous devez vivre et parler comme si les choses s’étaient vraiment produites de cette manière, sous peine de passer vous-même pour menteur. 

  • 1 Titre original : « Informare/deformare », dans Il dito alzato, Palerme, Sellerio, 2012, pp. 48-50. Giulio Angioni s’est éteint le 12 janvier dernier, dans sa 78e année, alors que s’imprimait le numéro 43 de Conférence, où figurait l’un de ses textes. Nous voudrions que les présentes pages aident à faire mesurer l’élégante délicatesse de sa pensée, sans rien qui pèse ou qui pose — perpétuelle variation souriante et rouée sur nos lieux communs. (NdT) 

 

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