La réalité comme intérêt

 

LE POUVOIR n’appartient pas à ceux qui détiennent l’information, mais à ceux qui la diffusent. » Le rôle prépondérant du transmetteur d’informations — ce qu’on appelle les médias — dans la mécanique des pouvoirs a été constaté, formulé et débattu de diverses manières depuis une vingtaine d’années. Parmi ces transmetteurs d’informations figurent les agences de presse qui jouent un rôle déterminant sur lequel nous nous proposons de nous arrêter. 

La presse généraliste diffuse en continu des « nouvelles » qui proviennent pour la majorité d’entre elles de quelques agences, les unes de dimension internationale, comme l’agence Reuters basée à Londres, la doyenne française l’AFP ou l’agence AP dont le siège est à New York, les autres de dimension nationale comme ANSA (Italie), BELGA (Belgique), DPA (Allemagne) ou encore EFE (Espagne). En « grossistes de l’information », elles enquêtent, élaborent, rédigent et distribuent des contenus aux médias de « première ligne », qui par effet de domino les revendent au grand public à travers leurs plates-formes de diffusion: sites internet, applications dédiées, journaux, magazines, programmes radio ou journaux télévisés. Ces nouvelles peuvent être diffusées telles 

quelles, généralement en contrepartie de l’indication d’origine en signature, ou être intégrées à des articles originaux, avec une importante marge de liberté pour le média client, qui s’en sert comme d’une matière première transformée. Le public perd alors l’origine de l’information, le média de première ligne n’ayant pas à garantir la traçabilité de sa source. 

Tentons de cerner quelques-unes des spécificités et conséquences de cette matière journalistique centralisée par quelques agences et d’en mesurer les risques et les dérives pour nos démocraties occidentales. 

« La circulation circulaire de l’information. » 

À l’heure où les consommateurs d’informations ont la possibilité de multiplier les canaux d’information sur internet et leurs smartphones, la perception d’une uniformisation de l’information se fait plus forte. Et c’est un paradoxe. La multiplication des diffuseurs donne l’illusion d’une diversité en même temps qu’elle rend visible le caractère uniforme de la plupart des propos énoncés. Nous retrouvons des phrases identiques dans le téléjournal de bien des chaînes de télévision, les flash info de différentes radios ou la presse quotidienne. Il fut un temps, pas si lointain, où le « zapping » d’informations étant moins aisé, nous étions moins conscients que les nouvelles consommées provenaient toutes des mêmes grossistes. 

Parmi les spécificités du contenu rédactionnel produit par les agences de presse, il convient de s’arrêter sur deux principes au cœur de la déontologie du journalisme d’agence (dont il n’a toutefois pas l’exclusivité) : 1. l’objectivité dans le traitement de l’information, liée à l’absence supposée de traces de subjectivité du journaliste qui rédige la nouvelle ; 2. la vérification des faits et la recherche de confirmations officielles des nouvelles avant leur diffusion. 

 

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