Sur Jean Prouvé

1. Jean Prouvé et l’industrie. 

L’industrialisation, l’application à la production des procédés et des techniques industriels, est présente dès le milieu du XVIIIe siècle, dans tous les domaines de la production et, d’une façon ou d’une autre, partout dans le monde. Même si son niveau de présence n’est pas le même partout, loin de là, il est possible de parler de mondialisation à propos de ce type de production, voire de ses effets sur les économies locales. Le matériau qui, avec ses techniques de mise en œuvre, peut être considéré comme « modèle1 » de l’industrialisation à échelle internationale, est le béton armé. Une dizaine d’années après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe et l’URSS ont exporté, pendant un quart de siècle, leurs systèmes de construction lourde en béton armé en imposant leurs techniques, leurs machines et leurs architectures, en Afrique, en Asie et en Amérique. Ils sont présents dans bon nombre d’opérations touristiques et autres lieux de spéculation immobilière, mais leur domaine privilégié d’implantation et de développement est le logement social. 

Le logement social en France, objet de grandes opérations d’urbanisme ex novo, celles qu’on appelle communément les « grands ensembles », de l’après-guerre jusqu’à la fin du XXe siècle, n’ont pas fini de poser des problèmes de tous ordres que ni les promoteurs sociaux, ni les communes, ni l’État n’ont été en mesure de résoudre malgré les nombreux « plans de rénovation » mis en œuvre. Et pour cause: prétendre résoudre les problèmes des «grands ensembles » en s’attaquant, presque uniquement, comme cela a été le cas ces vingt dernières années, à leur urbanisme et à leur architecture, relève soit d’une grande ingénuité, soit d’une forte dose de cynisme. Les problèmes des grands ensembles sont ceux du logement social, où sévit une prise en compte insuffisante du rapport au territoire, de l’accès à l’emploi, de l’éducation et de la formation, du transport, des services de santé, des loisirs et, bien entendu, du cadre physique. Concernant celui-ci, le premier constat est le peu de considération accordée au territoire d’implantation de ces opérations. Les grands ensembles sont bâtis sur des terrains généralement mal situés dans la ville afin de réduire ainsi le poids de la charge foncière, et rarement en rapport avec les zones d’activité et les bassins d’emploi : ce sont souvent des terrains communaux résiduels, bordés par des autoroutes ou des voies de chemin de fer, mal desservis par les transports en commun en dehors des heures de déplacement des travailleurs et inexistants le soir et les jours fériés, dépourvus de crèches pendant des années, d’équipements scolaires, de sport, de santé et de police, ainsi que de commerces...

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