Un garage en Valais. (Une sagesse, I)

LES CIRCONSTANCES sont nécessaires aux questions les plus vastes. En les entourant, elles leur donnent corps : elles ont cette sollicitude. « À quoi se vouer ? » reçoit d’abord mille et une réponses, avant de s’engager dans la voie qu’on croit nécessaire, peut-être unique ; la voie, du moins, qu’on espère autre chose qu’une impasse, ou plutôt qu’une méprise. Il ne s’agit pas seulement de savoir quoi faire dans la vie, ni ce qu’on fait en le faisant, mais à quoi l’on se voue en le faisant. Les réponses sont secondes, décalées, par rapport à une fin lointaine, une fin pleinement humaine dont l’approche, étape après étape, tient précisément à ce que l’on fait. Mais aucune de ces étapes n’est assurée d’être en lien avec la fin qu’elle vise ; il arrive même qu’en chemin, l’étape ait perdu sa propre fin. Qu’elle demeure donc désorientée, comme en suspens. Qu’elle crée un monde sans fin.

Quand les questions sont vastes, il est bon d’aller regarder ailleurs. De savoir comment d’autres s’y prennent pour y répondre. (L’auteur de ces lignes se doute depuis longtemps, du reste, que la revue qu’on a entre les mains n’a d’autre but que d’envisager ces étapes, ces chemins et ces réponses.) 

Il y eut donc, comme si souvent, de l’imprévisible : un déjeuner sur les hauteurs de Sierre, à Venthône, dans le souvenir du peintre Gérard de Palézieux, qui nous avait quittés peu auparavant. Les hôtes avaient été très présents à ses dernières années. Ceux qu’ils accueillaient aussi, chacun à sa manière : un artiste graveur et peintre, une taille-doucière à l’œuvre aussi élégante que discrète, à qui Palézieux confiait ses tirages, et l’auteur de ces lignes. Nous en tairons les noms, parce que nous avons la pudeur des noms. C’est de la vie qu’il s’agit, à chaque fois d’une vie, dont voici obstinément telle postulation, ou telle inflexion, qui à la fois s’impose factuellement, existe bien de cette manière, et interroge quelque chose de plus vaste qu’elle : elle est au fond une proposition, qui a des conséquences — comme une phrase toujours plus complexe qu’on ne le voudrait, avec ses incidentes, ses subordonnées, ses relatives, et ce qu’elle autorise, la conclusion à laquelle elle aboutit. Jusqu’où peut aller ce sens ? 

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?