Liminaire.

SUIVONS LE FIL DE LA MÊME PENSÉE. Nous nous sommes longuement interrogés, dans les livraisons antérieures, sur le divertissement, auquel notre époque et ses maîtrises techniques ont su donner une ampleur sans précédent. Notre temps ne l’a pas inventé — nos souvenirs de Sénèque, de Pascal, de Capograssi, de tant d’autres encore, nous en assurent, s’il en était besoin —, mais il l’a perfectionné jusqu’à l’absurde : jusqu’à la brutalité d’un monde sans la moindre signification (et peut-être en effet n’en a-t-il pas), atomisé en autant de consciences et par conséquent prêt à passer sous le joug des plus forts. Les plus forts, c’est-à-dire ceux qui auront coagulé les techniques de masse, resserré à leur profit les liens de chose à chose, de processus à processus, qui sont les seuls qui demeurent quand chacun ne sait à quoi se vouer. Et précisément, il faut ne pas le savoir pour se jeter à corps perdu dans ce que l’on croit vouloir, dans ce que l’on croit aimer, et qui n’est que l’ombre, ou la trace bruyante, d’une solitude infinie. C’està-dire d’un défaut de créance, et d’un défaut de lucidité. Il y a des profiteurs de ce défaut. Entrons dans un stade, et nous verrons comment s’orchestre la concaténation des solitudes. Entrons dans les « réseaux », entrons dans une « entreprise », et nous le verrons aussi. L’individu sera content d’avoir payé son écot aux grands profiteurs de solitude. Lesquels s’en justifieront toujours par cette seule question, qui porte en elle-même la réponse qu’ils lui donnent : Au fond, que demande le peuple ? 

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