Le retour de Silvio Spaventa

(Traduit de l’italien par Christophe Carraud)

À Vittorio Emanuele Orlando.

 

QUAND L’HÔTE FRANÇAIS eut vu tous les pauvres vestiges et la triste ruine du château ancestral, le duc Sigismond Castromediano, le menant en silence dans une dernière pièce, ouvrit d’un geste grave, sous ses yeux étonnés, un coffret. Et Paul Bourget, qui avait découvert la grande âme solitaire dans le château désert de la terre d’Otrante, vit la chaîne de fer et la dure chemise que le duc avait rapportées du bagne des Bourbons et conservées dans sa vieillesse dédaigneuse comme l’arme la plus noble de sa lignée millénaire. 

De ce terrible vieillard, mourant d’oubli en gardant ses trophées dans les chambres désertes de ses aïeux, Silvio Spaventa est le frère et le compagnon. Lui aussi, il avait enfermé dans un digne  silence le souvenir des années de prison, liées à une même chaîne de fer ; lui aussi, face à l’Italie nouvelle, il s’était réfugié dans une solitude spirituelle dont personne ne comprenait la formidable valeur et la mélancolie mortelle. Sur la patrie devenue un mélange ébouriffé de petits Candides voltairiens, on n’entendait que la voix stridente de Pangloss, on ne voyait que le visage avide et décharné de Martin. La génération qui vint après la grande génération des créateurs fut voltairienne ; l’autre avait été héroïque. La nouvelle disait : « Il faut cultiver notre jardin » ; l’ancienne avait dit, par les mots de Giuseppe Mazzini : « Nous ne sommes pas seulement des conspirateurs, mais des croyants ; pas seulement des révolutionnaires, mais des régénérateurs » (Corr., I, pp. 391-393). 

 

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