Le geste de Balmat

Remarques sur le guide
et la course de haute montagne

 

Et, d’abord, à son doigt levé vers les nuages,
On ne sut s’il montrait le Mont-Blanc ou les cieux.
Victor Hugo.

Le guide ne grimpe pas pour lui : il ouvre aux autres
les portes de ses montagnes. Il sait que telle ascension est
particulièrement intéressante, qu’à tel détour, soudain, la
vue est belle, que telle arête de glace est une dentelle ; il ne
dit rien, mais sa récompense est dans le sourire de son
compagnon quand celui-ci fait une découverte. Si le guide
ne pensait tirer son plaisir que de sa propre escalade, il
serait volé et se dégoûterait vite de la montagne. 
Gaston Rébuffat. 


IL EST UN CLICHÉ QUI EMMÊLE — dans la fixité du moment singulier qu’il a enregistré — toutes les significations générales du rapport des hommes et des sommets. Cette photographie montre un homme assis à côté d’un enfant et tendant l’index vers les lointains du massif du Mont-Blanc. Ce geste au bord de l’à-pic, ce geste précis et découpé en ombres chinoises sur un ciel chargé et brouillé de nuées consiste à désigner, à montrer et à nommer. Face à un monde originaire et sauvage, face à un monde bouleversé et sans hommes, ce geste profondément humain contient en lui la distance infinie qui sépare l’homme de la nature, de même que le mouvement incessant et non moins infini qui les relie. Il indique le retrait, le repli ou la distance spectaculaire qu’impose tout paysage ; il indique aussi la participation avec lui, son immersion en lui et la commune mesure qui en est l’autre côté indissociable. Parce que ce geste est adressé à un enfant, l’image nous montre sa fonction d’édification ou d’institution. 

 

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