La démocratie difficile

POUR QU’UNE DISCUSSION sur la démocratie ait un sens — c’est-à-dire pour que la démocratie soit autre chose qu’un étendard brandi à tout bout de champ, sans qu’on sache trop pourquoi il est si impératif de s’y rallier —, quelques remarques préalables semblent nécessaires.
Dans la plupart des débats, la démocratie est devenue à peu près synonyme de bien. La démocratie peut certes constituer un bien, mais il est toujours dangereux pour la pensée de mettre une notion au-dessus de toute critique et d’en user comme d’une massue destinée à terrasser ses adversaires (sur la scène publique contemporaine, il va sans dire qu’on n’est jamais assez démocrate, qu’il faut toujours plus de démocratie, etc.). Ajoutons qu’une certaine prudence est d’autant plus de mise que ceux qui invoquent avec le plus d’ardeur la démocratie ont souvent bien du mal à accueillir le point de vue des autres. Il est ainsi des leaders politiques qui se flattent d’être démocrates, mais pour qui la principale caractéristique d’un régime vraiment démocratique serait qu’ils en soient le chef et que leurs opposants se trouvent réduits au silence. Il y a aussi des gens pour qui toute mesure qui leur déplaît sera réputée antidémocratique. 

 

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