Journal

Croisées. Pour une approche spirituelle
de Charles Du Bos et de Henri Bergson,
d’après des extraits inédits du Journal de Henry Bars.

Henry Bars eut ce singulier destin de demeurer à l’ombre de ceux qu’il aimait, grands écrivains reconnus ou méconnus, grands artistes au halo de gloire rayonnant sur quelques fidèles et ce, avec la fortune étrange d’un anonymat consenti, depuis son Ordination le 8 octobre 1933.  Passeur parmi les passants des lettres, lui-même passant d’importance attendant que lumière soit faite, Henry Bars a joué de malchance. Considéré comme le spécialiste incontesté de Maritain, qui se reposa entièrement sur lui dans sa vieillesse solitaire et retirée, Bars ne fut pas reconnu à sa juste mesure, on se méprit sur son compte. Lui, l’extraordinaire écrivain de La Littérature et sa conscience dont quelques-uns, pourtant, avaient mesuré l’importance, lui, le poète, lui, le dubosien dévoué et délicat (autant de facettes qui viennent s’ajouter au portrait d’un être qu’il est impossible de limiter à l’auteur de Maritain en notre temps) fut laissé dans l’ombre. On l’oublia discrètement, on l’a presque oublié pour de bon. 

Ce qui fait, en quelques mots, la valeur, la saveur même de ces pages, à l’heure où tant d’êtres n’ont plus de temps à consacrer à rien, c’est d’abord leur dévouement profond. L’on y sent, l’on y décèle chez Henry Bars une telle imprégnation de son sujet, une telle volonté de faire corps avec les êtres qu’il décrit (Du Bos et Bergson ici, mais ce peuvent être Bernanos ou Rilke ailleurs) et dont il tente de sonder les cœurs, que l’on ne peut qu’admirer, de façon stendhalienne, cet ardent sujet de l’estime.

Cette manière toute spirituelle de se laisser habiter, « hanter » même, écrit-il, par des âmes sœurs (prenons l’expression littéralement et oublions les avanies qu’on lui a fait subir) nous porte comme naturellement avec lui à une fraternité hors de saison, elle qui fut, pourtant, si longtemps, l’apanage des écrivains comme des liseurs de race. Bars, disons-le, et c’est ce qui lui confère aujourd’hui sa plus auguste valeur, ne tabla jamais ni sur les bonimenteurs de la rue Sébastien-Bottin ni sur les criées d’une célébrité désaxée, sacralisant l’indigne ou l’abject, selon ses si perverses guises. Non, Henry Bars fut un homme entièrement, résolument, définitivement à l’écoute car, pour lui, le meilleur moyen d’avoir accès au cœur des autres, c’est avant tout d’écouter le sien.

 

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