Trois Fantaisies

parmi quelques poèmes domestiques, 
précédé de
La Pipe de Giotti et autres souvenirs affectueux,
de Rinaldo Derossi. 

VIRGILIO GIOTTI naît à Trieste le 15 janvier 1885. Adolescent, doué pour le dessin, il envisage de devenir peintre. À Florence, où il fuit ses obligations militaires, Giotti rencontre Nina Schekotoff  (1888-1957). La jeune femme est étudiante en médecine, parle plusieurs langues et descend d’une noble famille moscovite, à la parenté lointaine avec Tchaïkovski. Accompagnée de son précepteur, elle est venue à pied depuis Sienne et entend parfaire sa connaissance de la culture italienne. Rapidement, elle renonce à retourner en Russie et devient la compagne de Giotti. En Toscane naissent leurs trois enfants : Natalia, dite Tanda, en 1913, Paolo en 1915, et Franco en 1919, qui prendront le nom de famille de leur grand-père, Schönbeck, italianisé en Belli. Giotti revient à Trieste en 1919, via La Marmora 34, où il vivra jusqu’à la fin de ses jours. Il tient d’abord un magasin de presse, puis collabore à la Lega nazionale et est engagé, en 1930, par l’Hôpital principal. Il y travaillera jusqu’à sa retraite. En 1936, naît Vittoria, dite Rina, fille de Natalia, dont Giotti sera le tendre interlocuteur, et dont le départ en 1939 créera un vide atroce, que le poème « Pour Tanda et sa fille » (« Par Tanda e la su’ putela », juillet 1939, extrait du recueil Nouvelles Couleurs), apparente à la mort : « Mais à présent / tu es loin. Aux morts / à présent, elle ressemble. » La guerre fait Giotti misérable, au point qu’il est contraint de demander des aides publiques. Un mois à peine après Umberto Saba, Virgilio Giotti meurt à Trieste, le 21 septembre 1957. Depuis 1942, il était sans nouvelles de ses fils, partis pour le front russe non par conviction politique, mais pour découvrir la terre de leur mère et ceux qui la peuplent. De 1946, date à laquelle il apprend la mort de Paolo, à 1953, il avait consigné sa douleur dans un carnet, dont ses amis découvriront l’existence à sa publication posthume en 1959, sous le titre Notes inutiles (Appunti inutili). « Virgilio Giotti est l’un des très rares poètes qui ont su représenter par une grande poésie, étrangère à tout sentimentalisme, cet amour pour les fils, l’intensité des affections familiales, la pietas domestique comprise non comme un noble et tendre sentiment, mais comme le sens même de la vie et de son cours, terrible et tendre à la fois, au-delà du bien et du mal, et d’une tendresse indestructible. »

 

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