Trois notes oubliées

ON A RÉCEMMENT retrouvé quelques pages de Giuseppe Capograssi, publiées dans la période de sa collaboration avec Giorgio Del Vecchio qui le charge notamment d’assurer la direction de la Rivista Internazionale di Filosofia del Diritto. Une rubrique annexe de la revue est destinée à signaler des articles dignes d’attention à divers titres, parus dans des périodiques étrangers ayant le même objet. Le souffle national est trop court, et la hiérarchie des communautés savantes trop impitoyable, avec ses retombées dommageables sur les pays en bas du classement, surtout dans le domaine de la science juridique et des disciplines sociologico-politiques.

Dans ses brèves interventions, Capograssi ne s’occupe que de l’essentiel. Il intitule Actualité de Proudhon les quelque soixante lignes de son résumé, qui devient en réalité une contribution très subtile et compromettante par rapport à l’essai éminemment recognitif signé par Georges Gurvitch.

Comme si cela ne suffisait pas, Capograssi, l’année suivante, trouve le moyen de remonter à l’actualité de Comte, en retouchant le titre, exclusivement pour des raisons linguistiques, de l’article paru en 1927 (deux ans avant!) dans l’American Journal of Sociology. Capograssi est un écrivain très précoce, qui a jeté au feu les innombrables poèmes de sa jeunesse, des recueils entiers de grande qualité, comme le révèle à la postérité le seul sonnet qui soit parvenu intact à ses lecteurs. En 1911, à vingt-deux ans, il soutient sa thèse de Droit constitutionnel ; le rapporteur en est Vittorio Emmanuele Orlando, l’homme d’État, le Président du Conseil, qui mène l’Italie à la victoire contre l’Autriche dans la guerre de 1915-1918. Avec cette thèse (publiée après sa mort), qui confirme son caractère programmatique et fécond, il a entamé le premier cycle de sa production sur deux versants : le versant littéraire, qui prend magnifiquement corps dans les plus de deux mille pages, rédigées sur une période de six ans, des Pensées à Giulia, et le versant scientifique, condensé dans les œuvres essentielles, déjà d’une grande maturité et d’une grande puissance, que sont l’Essai sur l’État, les Réflexions sur l’autorité et sa crise, et La nouvelle démocratie directe. 

 

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