L'enfant actrice

Deux poèmes inédits

1. — L’intérêt que suscite un cahier inédit d’Angelina Damiani ne tient pas seulement au goût de l’archive, et la simple curiosité philologique, même avisée et féconde, ne suffit pas à l’expliquer. La poétesse peut se prévaloir de tout autres titres. Née à Palerme en 1879, elle prend place de droit, et sur un pied d’égalité, à l’un des pupitres d’un quatuor ainsi composé : Luigi Pirandello (1867), Luigi Sturzo (1871) et Giovanni Gentile (1875) ; et elle n’est pas la dernière d’un si bel ensemble. Les trois plus grands ont fait époque : Pirandello comme dramaturge, Sturzo comme homme d’État, Gentile comme penseur.

Et elle ? Stella differt a stella. Elle voyage incognito. Elle est une messagère du « Dieu caché », avec le privilège d’un double renoncement, au monde et au cloître ; et l’art (l’écriture) en suspens entre l’en-decà et l’au-delà. 

À l’âge d’environ quarante ans, une déchirure. La vertueuse dame, qui a déjà donné les plus grandes preuves, largement appréciées, de son génie littéraire, tout en gardant intact son zèle pour la sacralité de la famille, voit soudain, entre 1918 et 1924, la mort de deux de ses filles bouleverser sa vie. Dans son rapport honnête avec Dieu, tout change, l’honnêteté ne suffit plus. Spiritualité franciscaine, salésienne (Jeanne de Chantal), carmélite (la « petite voie »), rosminienne (celle-là, plus que toutes les autres réunies), qu’Angelina Lanza recueille dans le code d’une « offrande totale de soi à Dieu », qui n’est pas seulement mort, mais aussi résurrection; qui n’est pas seulement exil, mais aussi, incroyablement, « terre promise ». 

2. — Les deux poèmes présentés ici, pour ainsi dire, hors concours, même s’il s’agit de prémices encore vertes, invitent à l’examen le plus attentif. Ils sont tirés d’un cahier jauni de la fin du XIXe siècle, mais sans odeur de moisi, protégé par une élégante jaquette de velours sombre, avec un titre brodé au fil d’or qui se poursuit sur le dos et les rabats. Un véritable reliquaire. 

 

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