La geste médiévale des sourds

IL N’EST D’ÂGE D’OR ni de pierre pour les sourds dans l’Histoire. Ce handicap se partage dans la communication et la surdité ne se révèle souvent naturellement qu’à partir du moment où l’échange est actif. Passé l’âge de l’infans, le nourrisson qui babille comme le font les sourds aussi, mais qui ne parle pas (raison pour laquelle il est impossible qu’ils aient fait partie de ces tout jeunes infirmes que l’on jetait du haut du Taygète ou de la roche Tarpéienne, ou que l’on exposait, légende durable concernant les sourds que remet en cause Giulo Ferreri dès 1906), les réactions sont diversifiées. Sur la base du désir de comprendre et de se faire comprendre, tout dépend, du côté des « bien-entendants », de la capacité à transformer son mode d’expression spontanée pour s’adapter au sourd: une élocution frontale contrôlée s’il lit sur les lèvres et/ou bénéficie de restes auditifs ; une expressivité renforcée de gestes mimiques naturels. S’il est trop coûteux de modifier son expression personnelle, si cela dévalorise l’image sociale que l’on cultive et si, simplement, ce handicap n’est pas identifié, on renonce et on ne perd pas de temps: on fuit le sourd et on le rejette. Des proches sont capables d’adaptations plus ou moins développées, la proximité quotidienne les rendant nécessaires, mais pas toujours, et cela n’exclut ni la honte ni le déni, ce que soulignent également les correctifs du type « mon enfant (ou moi-même) n’est pas sourd, il est malentendant ». Alors que le terme de « sourd » fut si longtemps générique à connotation neutre, il désigne désormais plus spécifiquement en France ceux qui signent (s’expriment par gestes, ne parlent pas, qu’ils le puissent ou non) tandis que « malentendant » ou « dur d’oreille » désigne ceux qui parlent, quel que soit le degré de surdité. 

 

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