MILIEU ET AMBIANCE (II)

 

Nous donnons ici la suite et la fin de la traduction de la longue étude sur « Milieu et ambiance », dont nous avons publié le premier volet dans le numéro précédent. On se reportera à ce numéro pour une présentation des pages de Spitzer. Pour en faciliter la vision d’ensemble, nous avons numéroté les notes dans la continuité des précédentes.

Conférence.

 

AVANT de retracer l’évolution du milieu* post-newtonien, jetons un rapide coup d’œil en arrière sur les stades anté-rieurs de ce mot. En ancien français, il avait exclusivement le sens de « point central d’un lieu » (en miliu del pré) — sens qui semble être fidèle à son étymon latin medius locus. Mais pendant la Renaissance commença à se répandre une notion « intermédiaire » (« le point entre deux extrêmes »). Au début, cette notion se limitait au sens de « juste milieu* ». Une telle évolution ne peut être expliquée que par le fait que milieu* a été délibérément choisi par les humanistes pour traduire medium = « aurea mediocritas », qu’on retrouve en latin à partir de la période classique tardive et durant toute la Renaissance, et qui rend exactement le ¥Ä«Σμ aristotélicien (tout comme le ¥Ä…ƒ§∑μ se retrouve dans mesure*, et renvoie à une qualité morale). On voit que le mot latin lui-même était familier aux humanistes français dans l’utilisation qu’en fait Brantôme, qui l’introduit dans un passage écrit en français : « le medium qu’il faut tenir en tout » (cf. Pline : medium quiddam tenere, et un emploi similaire chez Thomas d’Aquin). Le premier emploi du mot français milieu en ce sens attesté par Littré est tiré de Satire, X, de Régnier : « Ce milieu, des vieux tant rebattu (!), Où l’on mit par dépit à l’abri la vertu ». La même idée est contenue pour l’essentiel dans l’exemple qu’il prend à Corneille (quoiqu’il choisisse de le séparer du milieu* de Régnier) : « Et nous verrons après s’il n’est point de milieu entre le charmant et l’utile »41.

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