BREF ÉLOGE DE L’ÉLITE À VENIR

 

UN jour, n’en doutons pas, quelque docte sociatre nous contera à quel arlequin nous devons une des chimères les plus hénaurmes des sciences dites de la société (plutôt que socio-logue, en effet, je dis : sociatre, comme on dit : psychiatre, et sociatrie, comme gériatrie ou idolatrie) : l’actuelle idée d’élite, dans son sens dif-fus comme dans ses nuances les plus factices, remonte et à ces années d’Ancien Régime où la noblesse française commence de se mépriser elle-même et ne se dissimule cet étonnant début de dégoût de soi qu’en briguant les premiers rôles chez Beaumarchais — et à ces années de la Restauration où le gourou des saint-simoniens formule le premier la recette du pouvoir dit plus tard méritocratique. En peu de lustres, le tour de la question aura ainsi été fait, et par toutes les parties concernées. Tout ce qui suivra (toute la sociatrie, toutes les sociologies des élites) modulera simplement le thème élaboré pendant le prélude et après le dénouement de la Révolution française. Entre Beaumarchais et Saint-Simon, de la comédie ovationnée au Trianon à la propagande d’une secte sociatrique diffusant les évangiles du Nou-veau Christianisme paru en 1825, c’est là qu’est née la creuse hénaur-mité, l’idée d’élite qui nous gouverne encore, et pour longtemps.

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