FIN ET COMMENCEMENT

 

Anno aetatis suae.

L’ANNÉE s’achève, et sa volte précipite en un instant le pas-sage insensible des jours et des heures :  leur cours indolent devient torrent où tout s’abîme. 365 jours, des milliers d’heures s’effacent : nous sommes plus pauvres de temps. Toutes les civilisations ont cherché à conjurer cet instant : le Janus bifrons des Latins, avec ses deux visages, l’un regardant le temps à venir, l’autre tourné vers celui qui disparaît, signale le moment difficile où « ce n’est plus, et ce n’est pas encore ». Les deux visages de Janus forment le portrait d’un âge d’or où rien de ce qui fut vécu n’est perdu, où rien de ce qui doit venir ne menace. Boccace l’évoque admirablement dans ses Genealogie deorum gentilium : « Les siècles qu’on appelle siècles d’or furent placés sous l’autorité de ce roi [Saturne]… Reçu par les Italiens, il leur montra beau-coup de choses qui leur étaient inconnues ; celle-ci par exemple : alors que jusqu’à cette époque les pièces de monnaies étaient faites de peaux de mouton durcies au feu, il fit frapper pour la première fois des pièces de bronze et y inscrivit son nom, gravant […] le double visage de Janus, son hôte. […] On rapporte aussi que tant que Saturne régna en union avec Janus, dans la proximité de leurs cités construites par un travail commun — Saturnie et Jani-cule —, ce furent des siècles d’or : car la vie de chacun était libre alors, il n’y avait pas d’esclaves, et nul n’était le sujet de personne » (VIII, 25-27). Puis Saturne disparut ; ne resta plus que ce visage de bronze, principe des monnaies, des médailles, des portraits à venir.

 

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