IMAGES DE JOHN KEATS (EXTRAITS, III1)

Déclaration sous serment.

Un livre romantique, appliqué à son élan et à son thème avec une fidélité de tournesol. C’est-à-dire un livre aux substances confuses, jamais accommodées au goût de monsieur le professeur, jamais cataloguées dans de minutieux columbariums alphabétiques. Et soudain, oui, soudain le livre s’ordonne rigoureusement, lorsque tel est son objet : le bon romantique avait lui aussi besoin d’une méthode pour nouer sa cravate selon la dernière mode.

Cela fait des années que j’ai renoncé à penser de façon cohérente, mon stylo Waterman pense mieux à ma place. On dirait qu’il rassemble son énergie à l’intérieur de ma poche, je le garde dans mon gilet, contre mon cœur, et il est possible qu’à force de l’écouter aller et venir, ce grand chat rond cardinal et pourpre

son propre cœur d’encre, son petit poulpe élastique, s’emplisse petit à petit de désirs et d’imaginations. Il bondit alors dans ma main et le reste est facile, c’est le moment exact. De toute façon mes nombreux préjugés ne le laissent pas se promener librement sur la page. Si l’écriture pouvait réellement devenir automatique, il est probable que, distraits par la contemplation d’un reflet qui glisse sur les vitres, les yeux renonceraient à surveiller l’obstinée patineuse, rien n’est plus violent que son désir d’épuiser la piste, de sortir sur une dernière pirouette en la laissant couverte de signes et de dessins. Mais les yeux, instruments de la convenance, jalousent profondément cette gymnastique personnelle et libre, eux qui ne font que voir la danse, eux qui uniquement et seulement voient.

 

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