REVUE CONFÉRENCE -

INTRODUCTION AUX PRINCIPES DE LA MORALE (1421-1424)

Présentation.

La vita è una fluenza vittoriosa, senza dove, né come, né perché, e che va, sbarbando, stroncando, travolgendo le turate che noi tentiamo di farle con le nostre morali, col nostro bene e male, con le nostre convenienze e il nostro piccolo utilitarismo. È un dono magnifico e tremendo non si sa di chi — e — come dicono i francesi — c’est à prendre ou à laisser.

 
 
 
 
 

La vie est un écoulement victorieux, sans où, ni comment, ni pourquoi, et qui va, arrachant, brisant, emportant les digues que nous essayons d’établir avec nos morales, notre bien et notre mal, nos convenances et notre petit utilitarisme. Elle est un don magnifique et terrible d’on ne sait qui — et — comme disent les Français — c’est à prendre ou à laisser.

 
 
 
 

Ardengo Soffici, Giornale di bordo.

POURQUOI traduire ce petit traité ? Les raisons se découvrent, n’en finissent pas de s’approfondir. Nous contenterons-nous, pour les démêler, de la sentence qui venait au sage anonyme des Disticha Catonis : Propaganda etenim est rerum doctrina bonarum, « il faut propager les connaissances utiles » ? Non, quoique ce motif mérite lui aussi d’être précisé. Mais rappelons tout d’abord ce que nous devons de justice, et parfois de réparation, à l’histoire menacée de sombrer dans l’oubli ; nous voudrions, pour reprendre les mots de Renan dans sa préface tardive à L’Avenir de la science, que vienne pour Bruni « un de ces rappels à l’attention du monde dont les pauvres morts ont besoin dans la concurrence inégale que leur font, à cet égard, les vivants »1. D’autant qu’à parcourir les « passages obligés » que sont les ouvrages d’érudition du siècle dernier (« obligés », parce qu’il ne faut pas attendre de la radio, par exemple, ni de l’« entreprise », ni même de l’école, qu’elles nous instruisent de ce qui compte), on ne manque pas de s’imprégner de l’idée que Bruni est vraiment tout petit, minusculissime, et bien sûr ce n’est pas juste, et ce n’est pas vrai. La grossièreté de l’érudition m’a toujours semblé quelque chose de déshonorant. Je veux dire que c’est l’érudition sous sa forme moderne qui est en soi grossière et déshonorante. Prenons un exemple, là, sous la main : eh bien, dans tel livre, et tel autre (ils sont légion), mettons le livre de Reynolds et Wilson, D’Homère à Érasme. La transmission des classiques grecs et latins, que j’ouvre aux pages idoines, Bruni a droit à un croûton de soupe de carême, et encore est-il mieux loti que son maître, Salutati, qui doit se contenter d’avoir « un petit talent littéraire et une érudition simplement honnête ». Les braves gens ! La générosité tinte dans la sébile. Non, dans le doute, mes amis (car au fond, vous n’en savez rien), ne lésinez pas. On dépense et on se délecte. Mais trêve d’exemples attristants — car ils seraient nombreux, terriblement nombreux. Quelle pathologie ! Une maladie incurable fait remonter les calculs, signes habituels de la rétention, jusqu’au cœur et à la tête. Ailleurs, pas un mot de la beauté des textes (ou de leur intelligence, ce qui revient au même) chez ceux qui, après tout, leur doivent de pouvoir nourrir leur famille, s’ils en ont une, au sortir du cabinet où ils coulent des heures paisibles aux dépens du gouvernement. Que les ingrats changent de trottoir. Ils sont prévenus.

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