LA PHÉNOMÉNALITÉ DE L’ANTICIPATION

POUR nous interroger sans risque sur l’anticipation, précisons d’entrée de jeu que nous traitons là avec un double phénomène. D’une part, l’anticipation est le geste d’une conscience qui assure la cohérence et le sens de son expérience présente en liant cette expérience à une préexpérience de ce qui n’est pas encore là mais accomplira en son temps ce qui est déjà là : ainsi en est-il de la préperception par laquelle les notes déjà jouées nous permettent de pressentir les notes qui vont être jouées, ainsi en est-il des attentes qui savent ce qu’elles attendent et « répètent », par anticipation donc, ce qui va (certainement, peut-être, etc.) advenir. Fait œuvre d’anticipation, d’autre part, tout ce qui nous est donné sur le mode de l’inchoation, de l’esquisse ou de la promesse : ainsi en est-il de la courte visite qui anticipe la longue journée que je passerai avec un ami le mois prochain. Les deux sont évidemment liés en ce qu’ils nous révèlent qu’il n’est de présent que vivant, vivant entre autres en ce qu’il abrite une quasi-expérience de l’avenir, ou entre autres en ce que sa signification est suspendue à un avenir qui n’est ici et maintenant que prédonné. Préexpérience, prédonation, la plus courte entrée dans le problème de l’anticipation exige que l’on nomme ceci et cela. Et nous pouvons alors nous interroger un peu nettement. Comment l’acte d’anticiper se manifeste-t-il à lui-même comme tel ? Comment la prédonation se distingue-t-elle de toute donation qui ne soit grosse d’aucune promesse, ou qui soit à elle-même son propre commencement et sa propre fin ? Proposons des éléments de réponse.

 

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