LE DERNIER TRADUCTEUR

 

DE l’autre côté du fleuve s’élève la paroi d’ombre. Elle a toujours existé. Elle était là avant même la fondation de la ville. Nos pères l’ont trouvée là à leur arrivée, et se demandèrent avec inquiétude si l’on ne courait pas un danger insensé en cherchant refuge dans un tel endroit. Mais le peuple était fatigué, il refusait de revenir sur ses pas. Nos ennemis nous harcelaient. Il fallait lever des terre-pleins et creuser des fossés pour soutenir une attaque probable. Il fallait s’arrêter. La route avait été trop longue. Si nous ne pouvions pas continuer d’avancer parce que la paroi d’ombre s’élevait comme une barrière apparemment infranchissable devant nous et mettait fin à notre fuite, nous ferions une halte, et nous chercherions à gagner du temps pour décider calmement de la marche à suivre. Nous avions du moins un avantage : l’ennemi ne pourrait pas nous attaquer du côté de la paroi. Nous aurions à défendre un seul front à découvert, et d’un point de vue stratégique, c’était une situation parfaite. Certes, avec le temps, nous aurions à comprendre que la paroi recélait de grands dangers ; mais pour le moment, traqués comme nous l’étions par nos poursuivants, nous ne pouvions nous permettre de perdre une occasion évidemment avantageuse. Aussi nos pères décidèrent-ils de s’arrêter et d’établir un camp provisoire. Une fois que le peuple aurait repris courage et que le danger serait passé, on délibèrerait sur la conduite à tenir.

Entre la paroi et nous coulait un fleuve d’une eau glacée et poissonneuse qui descendait des glaciers ; les montagnes nous entouraient à perte de vue. Nous étions parvenus au dernier contrefort habitable avant les neiges éternelles. Ce n’étaient ensuite que glace et rocher — le froid virginal et stérile des cimes. Nous étions déjà très haut. Nos ennemis ne monteraient sans doute pas jusque-là.

Jamais ils ne vinrent. Peut-être nous avaient-ils oubliés. Nous n’étions pas pour eux une proie suffisamment attirante pour qu’ils affrontent la fatigue de la dernière montée, harassante, que nous avions dû faire. Nos pères avaient vu juste. Nous avions pris un chemin de salut. Nous étions enfin en sécurité.

L’inquiétude que la paroi avait suscitée au début parmi nous s’apaisa peu à peu. Cette muraille obscure, si impénétrable, si inexplicable fût-elle, n’était pas hostile. Elle ne paraissait pas menaçante. Il était inutile d’avoir peur. Restait le fait que c’était quelque chose de jamais vu, dont on ne connaissait rien, qu’on n’avait jamais imaginé. Un mur de mystère. Il n’est pas facile de passer ses jours à l’ombre d’une énigme aussi radicale. Mais nous apprîmes à le faire.

Au début, nous étions si accaparés par les nécessités quotidiennes de simple survie que nous laissâmes le fleuve s’écouler calmement en nous séparant de cette présence indéchiffrable. Mais ensuite, quand il a fallu choisir entre le départ ou l’installation définitive dans notre nouveau refuge, nous dûmes nous interroger intensément sur la paroi et sur ce que signifierait pour nous de vivre avec son inquiétante proximité. Nous envoyâmes un détachement de guerriers explorer la rive du fleuve, en amont et en aval, pour découvrir si la paroi s’interrompait et si l’on pouvait la contourner. Mais ils revinrent en disant qu’en amont et en aval, la paroi d’ombre butait sur des murailles inaccessibles : elle s’enfonçait dans des contreforts rocheux impossibles à atteindre. La contourner par le bas était impensable. Et par le haut, elle s’élevait au-dessus des nuages, jusqu’au sommet des pics les plus vertigineux. Il n’y avait rien à faire : on ne pouvait découvrir ce qui était derrière la paroi en la contournant.

Si l’on voulait y comprendre quelque chose, il fallaitchercher à la pénétrer. À y entrer. S’avancèrent alors deux jeunes guerriers qui ne voulaient pas céder à la terreur irrationnelle et incontrôlable que l’idée d’entrer dans la paroi suscitait parmi le peuple. Ils franchirent le fleuve à gué sur leurs chevaux et s’aventurèrent à l’intérieur de la paroi. Ils revinrent après trente jours et trente nuit d’expédition infructueuse : ils avaient cheminé dans l’ombre, sans rien voir, entendre ni toucher que l’ombre. La paroi ne protégeait rien d’autre qu’elle-même. Elle marquait certainement l’extrême limite de la terre : la porte donnant sur la fin du monde. Il n’y avait rien après elle. Elle-même n’était qu’une porte qui ne donnait sur rien, qui ne s’ouvrait sur rien, qui fermait, donc, dans l’acte même d’ouvrir. Inutile de la franchir. Inutile de s’en préoccuper, de s’interroger sur elle. Elle n’apportait aucun bien, elle n’apportait aucun mal.

Rassérénés par les fortes paroles de ces hommes courageux, nos pères décidèrent de rester. Le camp devint une ville, toujours plus grande et plus puissante avec le temps. Car nous découvrîmes que le fleuve aux eaux glacées et impétueuses regorgeait de poudre d’or. Nous nous mîmes à tamiser les fonds protégés par les eaux cristallines et à accumuler d’énormes quantités de cette poudre lumineuse et précieuse qui semblait ne pas devoir tarir. Nos envoyés se rendaient dans la vallée chargés de l’inestimable fardeau. Ils revenaient les mains pleines de marchandises en tout genre, pour tous les besoins, pour tous les goûts. Nous aussi, nous avions fini par atteindre l’âge d’or.

Mais plus le temps passait, plus nous nous rendions compte que nous ne pouvions pas nous contenter d’ignorer la paroi d’ombre. Impénétrable, immobile, muette, c’était pourtant comme si elle nous adressait un appel incessant. Comme si elle exigeait notre attention, nous demandait de l’écouter. Il y avait quelque chose que nousressentions, dans la crainte et la perplexité. Était-ce un appel ? une demande ? une prière ? un défi ? Il était difficile de dire ce que c’était, mais on ne pouvait nier qu’il y eût quelque chose.

Et puis, c’était évident, chacun de nous éprouvait une attirance croissante pour l’obscur message que la paroi semblait nous adresser : c’était un vieillard resté seul, fatigué du bruit des places et des discussions au Conseil des pères ; ou un adolescent différent des autres, qui n’aimait pas perdre des journées entières à chasser au faucon ni à s’entraîner à la lutte, un adolescent au corps délicat et aux yeux fiévreux ; ou encore une jeune fille solitaire, qui s’étiolait entre ses quatre murs et sortait de chez elle pour se promener durant des heures le long du fleuve où coulait l’or, sans se lasser de contempler la ténébreuse paroi d’ombre.

La majorité d’entre nous aurait voulu croire — et cherchait à s’en convaincre — que l’abandon croissant, chez certains, à l’obscur appel de la paroi n’était que la forme de faiblesse qu’ont les cœurs fragiles, les esprits vagabonds, incapables de s’en tenir au quotidien. Mais il se produisit quelque chose d’extraordinaire, d’absolument inattendu, qui remplit le peuple d’étonnement et d’admiration : ces êtres vulnérables et taciturnes sortirent de la solitude de leur contemplation pour prononcer des paroles neuves et surprenantes, qui ouvraient dans notre vie des horizons bouleversants de beauté et de révélation. Ils déclaraient entendre des voix là où les autres ne percevaient que le silence, voir des formes là où ne se montraient aux autres que des ombres indistinctes et indéfinissables. Ce qui était pour les autres silence et ténèbres impénétrables étaient pour eux des présences expressives d’une intensité extraordinaire. Rien de comparable aux bruits sourds et monotones du monde, aux formes opaques et incolores auxquels nous sommes condamnés dans notre vie de tous les jours.

C’est ainsi que les interprètes mélancoliques de la paroi d’ombre commencèrent à traduire pour le peuple les voix que les autres n’entendaient pas, les formes que les autres ne voyaient pas. Ils commencèrent à raconter des histoires, à façonner des figures, à représenter des terres qu’on n’avait jamais vues, à former des harmonies mystérieuses. Ils nous donnèrent des miroirs où nous réfléchir, des vérités où nous reconnaître, des beautés où nous révéler ; ils nous offrirent des sentiers où marcher vers nous-mêmes, des passages d’où sortir de nous-mêmes. La porte qui donnait sur la fin du monde et que nos explorateurs avaient un jour franchie en vain, jugeant qu’elle ouvrait sur le vide, se révélait ainsi, par la médiation des traducteurs, comme une fenêtre sur d’autres mondes, sur des présences infinies, des sources de lumière éblouissantes.

Plein de gratitude, le peuple honora ses bienfaiteurs en élevant les traducteurs aux plus hautes distinctions, en les mettant au premier rang des citoyens, en se soumettant humblement à l’écoute de leur message.

Mais cela se passait il y a longtemps. Les choses depuis ont changé. Non seulement l’or ne s’est pas épuisé, mais il s’est accru. En remontant le cours du fleuve à la recherche de nouvelle poudre d’or, les hommes de chez nous ont trouvé une mine d’accès facile, qui semble inépuisable. Notre richesse est incalculable. Les marchandises affluent dans notre ville avec la légèreté et la prodigalité d’une pluie de printemps. Nous sommes tellement pleins de tout ce que nous voulons, que nous ne nous donnons plus la peine de désirer, d’attendre, de chercher. Nous n’avons plus la patience de dialoguer avec la paroi d’ombre.

La race mélancolique des traducteurs s’éteint peu à peu : nos jeunes gens sont de moins en moins nombreux à vouloir se mettre à l’écoute des voix qui viennent de la paroi au-delà du fleuve, à accepter de passer de longues heures solitaires à contempler l’obscurité sans un mot et à écouter le silence dont elle se revêt pour parler. Pourquoi se détourner des jeux de l’amour, des joyeuses compagnies, du divertissement de la lutte et de la chasse, de l’ivresse des fêtes ? L’amer et difficile effort de la traduction ne leur convient plus. Quand on a tant de choses, pourquoi y renoncer au nom de ce qui n’apparaît pas ?

Les quelques traducteurs qui sont restés ne jouissent plus du prestige et du respect dont on entourait autrefois leurs pairs. On les considère comme des présences nécessaires à notre cité — au fond, la réputation dont elle peut se prévaloir auprès des autres peuples leur est due, à eux aussi ; les traducteurs font partie intégrante de notre passé —, à condition qu’ils n’empiètent pas sur l’espace vital et qu’ils restent en marge. Notre présent se joue sur l’or, et non sur l’ombre, répètent nos chefs (ils ont abandonné le nom de pères), et la grande majorité du peuple est intimement convaincue de la vérité intrinsèque de cet enseignement. On laisse les traducteurs tranquilles, pourvu qu’ils laissent leurs concitoyens en paix, qu’ils ne prétendent pas se faire entendre si les autres ne sont pas disposés à les écouter, et qu’ils n’affirment pas que les voix dont ils se font les interprètes ont de l’importance pour la vie de la cité. Au fond — c’est l’opinion prévalant dans le peuple — ces traducteurs ne sont que de faibles échos de quelque chose qui n’a pas la force de se faire entendre à soi seul : deux faiblesses face à face qui superposent et unissent leurs limitations insurmontables. Il n’y a vraiment pas de quoi leur accorder trop d’importance.

Il est indéniable que le peu de confiance du peuple à l’égard des traducteurs les a eux-mêmes affectés : ils sont assaillis de doutes sur la paroi et sur eux-mêmes. Si personne ou simplement une poignée de malheureux comme vous ne croit en ce que vous faites, vous finissez pas douter vous aussi, par vous demander si tout cela n’est pas une illusion, ou, pire, une mystification montée contre vous, un piège tendu par l’ennemi insidieux qu’est chacun pour soi-même. Et si les voix n’étaient qu’une invention de notre imagination malade incapable de créer une réalité ? C’est la question qui nous obsède, nous enlève nos forces, nous glace le cœur. Car nous, les traducteurs, nous avons cette foi que ce dont nous rendons compte au monde à travers nos textes, nos œuvres, ne vient pas de nous, n’est pas la manifestation de notre « moi » insignifiant, mais l’expression d’une réalité plus profonde que celle qui mure notre quotidienneté entre des parois d’une opacité impénétrable. Que c’est ce qui va au-delà de la surface, de la cage du monde, qui vient à la lumière à travers nous. Et dont nous nous contentions d’être les instruments respectueux et dociles.

Le traducteur est doux. Il est humble. Il est silencieux. Il se fait petit devant la voix et la forme qu’il sert. Il ne demande rien pour lui, seulement qu’on écoute ce à quoi il prête sa voix. Celui qui se met au premier plan et parle bruyamment n’est pas un vrai traducteur, mais un imposteur, un homme du monde qui se fait passer pour un serviteur de la paroi, alors qu’il n’a rien à voir avec elle.

Mais que se passe-t-il si une telle abnégation, un tel renoncement à soi se heurte à la réalité de la dimension à laquelle le moi est sacrifié ? Que reste-t-il, si tout n’a été qu’un mirage ?

Je suis l’un des derniers traducteurs. J’ai cru de toutes mes forces à la lumière aveuglante qui nous vient des ténèbres, à la voix puissante qui nous appelle du silence. Cette foi granitique en moi fut aussi le secret de ma grandeur de traducteur — le plus fin, le plus profond, le plus parfait de tous. Le plus silencieux. Celui qui a su effacer avec la plus grande cohérence, la fidélité la plus tenace sa propre voix pour laisser de l’espace en lui à la parole que la paroi nous adresse.

Dès ma prime jeunesse, j’ai passé mes journées à écouter dans la soumission et la patience, plein de reconnaissance pour le travail que je pouvais mettre au service des présences secrètes de l’ombre ; sans moi, sous la forme de mon renoncement à moi-même, elles n’auraient pas trouvé d’accès au monde, elles n’auraient pu traverser le fleuve qui les sépare de la cité des hommes. J’ai aimé ces voix dont je prenais soin, que je tenais entre les mains de mon esprit pour les livrer aux destinataires qu’elles cherchaient. Pour elles je me faisais pont, messager, passage. J’ai tremblé d’émotion à chaque première rencontre avec l’une d’elles, quand, de l’obscurité de l’ombre, une nouvelle présence commençait de prendre forme, une voix de résonner, dont je me faisais le traducteur pour les hommes. Quand elle émergeait enfin devant moi, claire et limpide, j’ouvrais les bras pour l’accueillir avec la même joie de possession et de victoire que mes compagnons de jeunesse quand ils caressaient le corps frémissant de vie d’un poisson pêché à l’instant dans les eaux du fleuve. Mais je ne livrais pas ma voix à la mort comme le pêcheur sa proie. Je la menais à l’endroit auquel elle était destinée. Je l’arrachais à l’obscurité. N’était-ce pas une façon de la sauver ? Le traducteur n’est-il pas celui qui rachète l’ombre à sa condamnation ? Humble serviteur de l’ombre, n’étais-je pas aussi son sauveur ? Avec une émotion contenue, solitaire, je me disais que la loyauté dont je faisais preuve à l’égard des hommes en leur transmettant les voix qu’ils ne savaient écouter, était plus originellement encore une loyauté envers l’expression qui aspire à être entendue, la forme qui aspire à être vue. Dans la solitude de ma contemplation discrète et réservée, j’étais heureux, satisfait d’une fécondité qui nourrissait mon âme en la dépouillant pour y laisser place aux présences de l’ombre, perdant ma voix pour la donner à ce qui sans moi ne serait pas sorti du silence.

Mais ensuite, jour après jour, quelque chose peu à peu s’est brisé, ma foi s’est fissurée, j’ai commencé à douter. Aujourd’hui je regarde autour de moi en me demandant si le peuple n’a pas raison de se détourner avec indifférence de la paroi et de ses secrets, de la liquider comme une présence inutile du rien. Si réellement, comme certains le pensaient, la paroi ne renfermait aucun mystère, mais seulement le rien dont elle est la présence, tout notre travail ne serait qu’une imposture, une invention superflue qui ne renverrait qu’à soi-même. Nous ne serions pas des traducteurs, mais des ventriloques déployant leur voix pour un autre que soi, qui ne serait en réalité que le double déformé d’eux-mêmes. Un phantasme de notre cœur malade, de notre esprit tourmenté — la part narcissique de notre mélancolie.

Ces voix qui m’obsèdent comme un autre que moi et que je cherche à transmettre aux autres parce qu’eux aussi peuvent recueillir la beauté qui est en eux, ne seraient donc qu’un autre moi-même qui ne se laisse pas reconnaître, qui se perd à ses propres yeux en se manifestant, en s’abusant lui-même ? S’il en était ainsi, comment donner tort à mes concitoyens qui se détournent de nous, nous relèguent dans l’insignifiance et la marginalité ? Rien de ce que nous faisons ne serait authentique et véritable, et donc digne d’écoute et de respect.

Sans doute, quelqu’un de différent de moi se rengorgerait à l’idée de pouvoir se considérer comme la source, l’auteur de cette beauté dont il se croyait le serviteur silencieux. Mais j’ai été éduqué à l’humilité de la soumission, à l’angoisse de la recherche de quelque chose qui viendrait d’au-delà de l’obscurité, à l’ombre de laquelle nous sommes nés, nous vivons et nous mourons. Découvrir que cette nuit n’était que la surface aveugle où se reflétait notre image déformée et d’une immanence sans remède, ce serait insupportable pour ma soif douloureuse de transcendance. Je sais que parvenir à une telle certitude me tuerait. Mais je ne peux m’empêcher de passer tout mon temps à vouloir découvrir ce qu’il en est vraiment. Et à me torturer en ne cessant de me dire que cette question est vaine, parce jamais je ne parviendrai à obtenir de réponse.

Me heurtant jusqu’à l’angoisse à cette difficulté insoluble qui sourd de mes doutes et les fait naître, ma capacité d’écoute et de vision se met à perdre de sa force. Je deviens chaque jour plus sourd et plus aveugle. Ces voix auxquelles je ne sais plus croire m’abandonnent, comme si elles prenaient mes doutes pour un refus et me tournaient dédaigneusement le dos. Fatigué et humilié, je continue à marcher sans paix sur la rive du fleuve en contemplant la paroi, toujours plus obscure et impénétrable, toujours plus lointaine, comme si le fleuve était à présent un mur qui me séparait d’elle, et qu’incapable de le franchir, je fusse condamné pour toujours à rester sur la rive que je ne reconnais pas comme mienne et à quoi je sens que je n’appartiens pas.

Car je ne pourrai jamais me faire à la vie de mes concitoyens. J’appartiens à l’espèce mélancolique des traducteurs et je ne peux renaître différent de ce que je suis. Qu’adviendra-t-il de moi, si la paroi qui pour moi fut une porte de beauté sans fin se ferme à présent et se dérobe à mon écoute parce que je ne sais plus dialoguer avec elle ? Si se ferme devant moi ce qui jusque-là était un accès à quelque chose qu’on ne peut comparer à rien dans la réalité qui m’entoure ?

Je sais que je ne pourrai pas continuer longtemps ainsi. Je devrai faire quelque chose.

En réalité je sais déjà quoi. J’ai pris ma résolution depuis longtemps et j’attends seulement un moment d’énergie, un sursaut du cœur qui me donne la détermination nécessaire à accomplir ce que j’ai en tête.

Il y a une dernière voix à laquelle je me suis agrippé, dans le désespoir de mon état présent. Une voix infime, faible mais transparente, d’une beauté simple. J’ai laissé de côté toutes les autres, trop fatigué, trop éprouvé pour pouvoir m’engager dans une entreprise désormais au-dessus de mes forces. Je ne suivrai que cette voix infime, la dernière. Je me concentre sur elle sans essayer de la traduire. Donner aux autres ce dont ils se moquent et dont je ne sais même pas moi-même ce que c’est ne m’intéresse plus. Et chercher à comprendre ce que c’est ne m’intéresse plus. Ce que je veux, c’est ne pas laisser se perdre ce dernier signe ; maintenir un lien avec ce que j’aime, et peu importe de quoi il s’agit.

Cette voix, je l’ai décidé, je ne la laisserai pas s’enfuir.

Je me lancerai à sa poursuite dans la paroi d’ombre. Quelle que soit l’issue de ma quête, je ne reviendrai pas en arrière.

Je ne me laisserai plus séparer de la voix si je la retrouve. Mais si elle aussi disparaît définitivement, engloutie dans le silence de l’ombre infinie, si elle m’est refusée pour toujours, mieux vaudra pour moi, de toute façon, me perdre dans l’obscurité protégée par la paroi que revenir dans le monde sourd et aveugle à la voix et à la forme du rien.

Teresa BARTOLOMEI.

(Traduit de l’italien par Christophe Carraud)

 

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    • Poèmes José-Flore Tappy

      À celle de l’ombre.  Menue, penchée au-dessus de l’évier, si loin de nous sous son tablier bleu, perdue dans ses bottes de pluie, elle trie les cerises noires et pose les plus mûres à l’écart, les sépare...

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  • janvier 2016
    • NEUF POÈMES, DEUX PROSES ET SEPT DESSINS. Virgilio Giotti

        NÉ ET MORT À TRIESTE, Virgilio Giotti (1885-1957) est un poète des humbles, des vaincus, de l’éthique de la pauvreté, de ce qui est vulnérable et fragile, de la beauté simple du monde, de sa...

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    • LA VALLÉE DES VISIONS Sauro Albisani

        Chèvres.  Les phares éclairent les chèvres qui comme chaque soir ont escaladé le talus pour folâtrer sur l’asphalte à la lumière des étoiles. L’herbe, elles n’en veulent plus, elles veulent la...

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    • PUISQUE LE SEL,TOU JOURS Pascal Riou

        It had gone around and around grinding grain and salt to go into the dark and to go and remember. William S. Merwin, The vixen.  J’ai soif. Jean, XIX, 28.  Donne-moi à boire de cette eau, que je n’aie...

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    • PAYSAGES AVEC FIGURE (I) Claude Dourguin

      LE SOLEIL DE SEPTEMBRE A TOUT SAUVÉ. Sans qu’on ait trop de chaleur. Pas de pluie par chance. Cette acidité retrouvée, pourtant, qui manquait ces dernières années ? Parce qu’à partir de mars, avril...

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    • JOURNAL IRRÉGULIER Bruno Arcadias

        L’essentiel, si on ne veut pas tomber, C’est de prendre garde. À droite, à gauche, Devant, derrière... Prendre garde, donc.... Si on ne veut pas tomber...  C’est épuisant.  Il me prend parfois l’envie De...

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  • mai 2015
    • BOULOGNE-SUR-MER (2) Jean-Michel Baillat

      (Journal de l’année 2001.) Le carillon de Notre Dame asperge les nénuphars au pied du château. Les douves sont cette Vivonne où je mire ma stérilité littéraire. — Il doit faire une radio, en plus !...

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    • POÈMES. TADEUSZ DABROWSKI Tadeusz Dabrowski

      * L’otage J’ai perdu douze amours amours que je n’ai jamais eus et tous les douze je les ai misés sur toi mais j’ai perdu et maintenant je vais devoir emprunter * Proximité (carte postale) Debout sur...

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    • POUR UNE VALLÉE Gilbert Beaune

      QU’ON LAISSE LES VERRUES DE BÉTON, cohues de métal, antennes et boutiques à foison ; l’oxygène pollué, le rien d’alpages et de champs qu’on soigne ; et le cosmo-tourisme de l’été, l’argent fumeux de...

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    • LES ALLUVIONS Jérôme Karasz

      Les alluvions charrient le soir, L’eau de Javel et l’ammoniaque, Les détergents et les grands sacs Des magasins sur le trottoir. L’azote y sourd en négatif, Percé par la lumière nue — La pellicule en...

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    • SIMPLEMENT LE MONDE Michèle Sultana

      I. Si j’arrêtais d’écrire le monde ne changerait pas d’un iota. Il y aurait toujours les grandes villes, les petites villes, les bourgs, les hameaux, les villages, les campagnes, les forêts et les...

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    • AVANT D’APPARAÎTRE Fabrice Farre

      Pas Je fais un pas, sans toucher les bords du pavé. Je m’applique à cette marche rigoureuse qui s’interdit le hasard. Je compte par chiffre pair l’impair qui me talonne me trouve inutile. Marcher La...

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  • novembre 2014
    • Boulogne-sur-Mer Jean-Michel Baillat

       UN COULOIR ÉTROIT ET SOMBRE s’est ouvert sur un trottoir traversé de rafales. Naissance : exilé de ce pertuis chaleureux, je pars affronter l’air hostile. On monte pour échapper au froid. Il faut...

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    • Altitudes (VI) Gilbert Beaune

       Saison des eaux. C’est toute la montagne qui ruisselle — ravins, sentiers d’herbes grises, goutte-à-goutte du bord des névés... Les tiédeurs neuves ont activé la fonte, les coulées dégringolent : neiges...

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    • L’almanach de la péninsule Alain Bernaud

       Pour Silvia. DE NOUVEAU JE REVIENS À CES RIVAGES DE LA MER DU NORD, appelé par les longues plages de sable que travaillent incessamment les forts courants marins croisant au large, en ces parages...

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    • Sonnets bourguignons Jérôme Peignot

      Saint-Julien-du-Sault. À Saint-Julien-du-Sault la collégiale est frêle De briques et de broc, de foi et de beauté. À sa touchante lutte il faut que l’on se mêle. Par amour, tous, du temps vaincront la...

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    • Rembrandt à Emmaüs en 1629. Journal d’une rencontre Isabelle Frandon

      Journal d’une rencontre au musée Jacquemart-André à Paris. À ma mère dont je n’ai pu approcher que l’ombre. 2 mai. Première visite à l’Ami. Il est au milieu d’autres toiles mais surgit dans une...

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    • Choses non vues. Japon Patrick Corneau

      Quand devant une ville inconnue on s’étonne comme devant un ami qu’on avait oublié, c’est l’image la plus véridique de soi-même qu’on contemple. Jean Grenier. PAS DE PAPIERS DANS LES RUES (pas de...

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  • mai 2014
    • Derniers plis de la promesse Pierre Voélin

      come te, come te, signore, noi siamo consegnati a quella morte che con più denti dell’amore morde e separa la rosaCristina Campo. Dans mon chant l’herbe souveraine l’herbe par les champs — l’herbe...

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    • La maison l’île, suivi de Le pays que l’on quitte LAURENT FASSIN

      La maison l’île. I. IL PLEUT IL FAISAIT BEAU, et la maison fraîchit quand nous fûmes réunis tout habillés de noir. Le départ s’annonçait. Les glaïeuls qu’elle aimait faisaient lourde fontaine...

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    • Loin MURIÈLE CAMAC

      et s’il ne devait plus y avoir pour nous de Grèce et d’Italie de vin résiné sous les tonnelles ni de pieds nus sur les rochers de tourisme paresseux dans un soleil idéal alors peut-être serait-il...

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    • Conversation avec l’ange ALBERTO NESSI

      « Et toi, qu’as-tu reçu, qu’as-tu donné ? » me demande assis sous le charme à la table de pierre que le lierre enserre, un ange avec une chaussure unique, il me semble, avec une aile trouée...

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    • Le Messie aux portes de Rome JEAN-PIERRE SONNET

      Panthéon. La pluie tombait drue de l’oculus. Les dieux s’étaient enfuis, les rois de marbre dans leurs tombes. Je vis l’homme traverser le rideau des grandes eaux, venir au monde dans les larmes. Le...

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  • novembre 2013
  • juillet 2013
    • RETOUR DE L’OCÉAN PIERRE-ALAIN TÂCHE

          Le troisième âge. Dès les premiers jours de printemps, l’île est au fait que l’invasion ne va désormais plus tarder. Mais pour l’heure, et malgré la verdure, une vague tristesse étouffe un front de mer...

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    • POÈMES DE L’ANNEAU D’OR FRANÇOIS DEBLUË

      (Fragments.)   1.   Ici les villes ont reçu baptêmes mélodieux Souzdal     Vladimir Kostroma ou Iaroslavl Serguev-Possad ou Rostov-Veliki   Guidés par on ne sait quelles forces des hommes ont bâti là...

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    • LE SANG DES BOURGUIGNONS PIERRE CHAPPUIS

          Avant tout. Ce qui, actif ou en veilleuse, demeure logé en moi, refuse à ses heures de me laisser en paix, me talonne pour ensuite, sans crier gare, me planter là en plein manque quand je ne me...

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    • REMPARTS et autres poèmes MICHÈLE SULTANA

        Adoration Sans doute tu ne sais pas Toi qui m’inspires Où se loge mon amour Mon amour de toi Dans le secret de ton coeur Diras-tu Toi que j’adore Le secret des replis de mon coeur Mais mon coeur le...

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    • HOMMAGE À DENISE ESTEBAN JÉRÔME PEIGNOT

          Bouquet d’autrefois. C’est un joli bouquet qui se hausse du col ; D’un faux déséquilibre il tire tout son charme. Pour un peu, à son air, on dirait qu’il est fol. Les roses en amour sont bien plus que...

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    • ŒUVRES 1974-1986 DENISE ESTEBAN

        Tableaux de Denise Esteban de la Collection Corinne et Bernard Simon à l’Île d’Yeu qui ont inspiré les poèmes de Jérôme Peignot. Bouquet d’autrefois, huile sur toile, 1977 ; 46 x 55 cm. Petit nu,...

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  • juin 2013
    • TOUTE BEAUTÉ EST PACTE GABRIEL LE GAL

        À quoi bon le poème Puisqu’il ne peut rien Contre la mort en travail Pas même ne la grignote Qu’est-ce qu’on pourrait trouver de plus sérieux contre elle ? De plus sérieux, sans doute Mais de plus...

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  • décembre 2012
    • CHAPELLE DES PLUIES Christophe Langlois

        Sentences. « LA JOIE PROMISE À NOTRE SOIF », dit un hymne, « comment la saisir à mains pleines avant le soir ? » Il faudrait ne pas lâcher d’une semelle la raison d’être de notre merveilleuse, de...

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    • UNE MÈRE Laurent Fassin

        I. L’AUBE PLEINE, son regard du sol fuyant, elle s’éprenait des roses tachées, les sauvait, et pleurait son jardin, guettait le ciel se dessinant obscur au loin — ou clair. À la fontaine, des pas, le...

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    • ALTITUDES (V) Gilbert Beaune

        Cairns.   QU’IL N’Y AIT PLUS AUCUNE TRACE, qu’on traverse un plan d’herbes à rocailles, les pentes instables d’éboulis ; ce long glacier encombré de moraines et dont les vagues grises de débris jouent à...

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    • PEINDRE POUR MÉMOIRE Bruno Roza

      Dévoilement de marges et pesée de lueurs toute clarté s’instruit d’une lumière fossile et toute ligne d’un retour du perdu. La couleur est une vitre sur un feu froid et le tableau la preuve que...

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    • QUATRE POÈMES Rosanna Warren

        Traduit de l'anglais par Aude Pivin.   Méditerranée   — quand elle disparut sur le chemin devant moi,je m’appuyai contre un chêne tordu, tout ce que je vis fut la lumière du soir où elle avait été :  ...

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    • L’ENFANT QUI N’EST PLUS Michèle Sultana

        Flambée. Loin de moi très loin L’éternité du temps Se ferme sur moi Sur mon âme esseulée   Sans toi mon roi L’éternité du temps Se ferme sur moi   Plus aucun cri Ce terrible silence Passé présent...

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    • PORTS ET RIVAGES Patrick Le Corf

      ...

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  • août 2012
  • juillet 2012
    • LES CARABINIERS et autres poèmes Michèle Sultana

      Enchantement L’écrasement du temps Comme il faut souffrir Pour écrire Un vers   Pour écrire un vers Comme il faut du temps Du temps Pour s’abstraire   L’écrasement du temps Comme il faut se taire Pour...

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    • DES CORBEAUX, DANS LE LOINTAIN Leonardo Gerig

      (Traduit de l’italien [Tessin] par Christophe Carraud.)   L’aube. Pensée, sentiment de l’obscurité profonde en moi et tout autour de moi.   Stupeur. Un souffle de vie, un cri strident et dans les plus...

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    • CHAMBRES Franck Laurent

      À trois heures une femme viendra elle aura du retard elle tordra des cheveux sombres dans sa main elle essaiera de rattraper la nuit la faire passer devant   À trois heures une femme viendra les cheveux...

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    • MÉTAMORPHOSES ET AUTRES POÈMES Gérard Engelbach

        Le soir entre les murs distraits, Prenant congé du square, Délaissant les bassins, mais vivifiant là-bas Le gel sombre des marais Dans les plis batailleurs du couchant.   *   Poreuse éternité Sous les mains qui...

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    • HUIT POLONAISES ET ENVIRONS Étienne Faure

        Son coeur est en Allemagne et sa tête en Pologne, c’est à peu près ça l’orientation du dormeur qui mangea du cheval, Pferd, ko´n pour arpenter l’espace hier encore tiré comme une ancienne couverture à hue...

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  • juin 2012
  • février 2012
    • ROMA Franco Buffoni

        Traduit de l’italien par Franck Merger. Nous nous faisons tous un peu beugner rue Ardéatine Sur cinq voies quand au maximum Il en faudrait deux Sans café à sept heures du matin. Certains furent...

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    • ALTITUDES (IV) Gilbert Beaune

        Sauvageonnes.   COLS ET CRÊTES que râpent les rafales, roches pulvérisées des moraines, champs d’éboulis où les eaux de fonte circulent, même les fractures du granit, la rive polie d’un glacier...

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  • décembre 2011
  • novembre 2011
  • juillet 2011
  • juin 2011
    • CARNETS 1989-1990 Pierre-Alain Tâche

      « Pour parvenir à rétrécir Il faut d’abord laisser s’étendre.   Pour parvenir à affaiblir Il faut d’abord renforcer.   Pour parvenir à éliminer Il faut d’abord exalter. »   Lao Tseu, Tao Te King, 36 1. I....

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    • HOMME DE L’AUBE Fabio Pusterla

        Traduit de l’italien par Franck Merger.   1. En ces jours de dissipation, en ces jours de quadrilles et de tranchées, je suis la musique feinte des éons, un rêve d’avocats et de jésuites : mandibule...

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    • LYRISME ET DISSONANCE (V) François Debluë

      IL Y A BIEN DE LA NAÏVETÉ (pour ne pas dire de la lâcheté) à vouloir confier à nos écrits la vengeance de nos échecs. Que les dits écrits soient le dérisoire témoignage desdits échecs devrait suffire à...

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    • FLORE DOMESTIQUE Alberto Nessi

        Traduit de l’italien par Franck Merger.   Réponse à la carte postale du 11 mai.   Ma chère fille, les narcisses des poètes dérobés d’une main leste aux prés alentour exhalent leur parfum dans ta...

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    • LES TISSUS D'HÉLÈNE Jocelyne Gagliardi

        DANS UNE RUELLE DU DORSODURO À VENISE, l’œil est soudain aspiré par un festival de draperies aux cou-leurs sourdes. Morceaux d’arc-en-ciel qui auraient séjourné dans des sables violets ? Fragments de...

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    • LE LABYRINTHE Peter Nijmeijer

        Traduit du néerlandais par Pierre Gallissaires & Jan H. Mysjkin.   La tour. La première chose ici que l’œil voit après l’arrivée c’est le rocher avec la tour corse ronde, proscrite sur cette froide île...

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    • ÉTÉ À AUVERS ET AUTRES POÈMES Huub Beurskens

        Traduit du néerlandais par Pierre Gallissaires & Jan H. Mysjkin.   Été à Auvers. Un homme avait soupiré tous les noms de ce que nous, misérables, devons désigner : cyprès, olives, gerbes de blé,...

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    • SIX HYMNES DU PLAT PAYS H. H. ter Balkt

        Traduit du néerlandais par Pierre Gallissaires & Jan H. Mysjkin.   Pluies bourguignonnes.   En ces temps-là, même les pluies étaient bourguignonnes ! Les chevaliers de la Toison, après la chute de...

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    • DÉDICACES Remo Fasani

          Traduit de l’italien par Christophe Carraud.   À un paysan.   Les mots les plus sages que j’aie entendus sont pour toujours ceux de mon père, quand il se comparait mentalement, lui, un paysan, à des...

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    • LETTRES À REMO FASANI (I) Cristina Campo

          Traduit de l’italien par Christophe Carraud.   I. LE LECTEUR FRANÇAIS, sans être familier de l’œuvre de Vittoria Guerrini (1923-1977) — de son nom de plume Cristina Campo — sait l’aura de beauté, de mystère et...

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    • LE CORRIDOR et autres poèmes José-Flore Tappy

          Obscure, interminable, sans lampe derrière les vitres,   la nuit   Pourtant même elle finit par avoir faim, on l’entend qui s’agite, se rétracte pour mieux fuir, soudain se sauvepar les toits...

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    • PETITE SUITE ROMAINE Jean-Pierre Sonnet

        En grec et en latin. Les marbres baroques dans les nefs latines sont des sanguines de l’âme, écarlate empourprée de la fusion divine. Les mosaïques vertes et bleues de Santa Maria in Cosmedin sont...

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  • juillet 2010
    • RETOUR EN AFGHANISTAN Julien Varia

        CECI est la chronique de mon deuxième séjour à Kaboul (le premier en 2001-20021). Séjours à titre professionnel, mais en voici le côté intime. Je livre mon journal presque à l’état brut, corrigeant çà et là...

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    • PROSES Pierre Chappuis

        La communication heureuse.   …with voices gentle and meaningless like the voices of sleeping birds. James Agee, Knoxville, Summer of 1915.(Musique : S. Barber.) L’été revenu. Le seuil odorant de...

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    • NOTRE CHAMBRE À CETTE HEURE EST PÉTRIE DE MUSIQUE Cathy Jurado-Lécina

        I NOTRE chambre à cette heure est pétrie de musique, et le frêne de la cour dispute son ombre à la nuit. Rien ne survit d’hier — de ses travaux et de ses rires — dans cette eau d’aujourd’hui qui sans cesse...

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    • Pour Jean Nazelle. Marie-Fabienne Aymon

        Du travail / Pourquoi on est graveur et pas autre chose.  Ni désuète, ni fanée, la gravure est ce qu’on en fait. La gravure de Jean Nazelle est un poème sans titre aux cent sous-titres, un répertoire...

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    • JOURNÉES À SHANGHAI Nicolas Idier

        Automne.   I. PRENDRE l’avion revient aujourd’hui à un long trajet de métro, avec quelques saccades et des plateauxrepas. On passe d’un salon à un autre et, plus ça va, plus les villes ressemblent à...

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    • LA MER À PARIS Franck Laurent

      Dans les rues vieilles du nord toutes les pierres gravées parlent d’ailleurs De noms et de souffles secs violents et chauds qui nous râpent la gorge D’hommes qui parlent trop de langues inconnues, dures...

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    • DAGO, CAHIER D’ÉTAPES Mathieu Nus

        … Tananarive…   ÀL’IMAGE de grandes coulées de lave, la ville a progressivement colonisé les flancs de la colline et occupe la plaine environnante. Bien peu d’habitats en briques ou en pierres ; par...

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    • COMME POUR TENTER DE DIRE L’ÊTRE-EN-SUSPENS Claude Louis-Combet

        C’est du poème seul, vécu jusqu’en la ténèbre désirante de la chair, que nous vient cette aspiration insensée à un instant qui serait d’éternité. Instant d’éternité. L’homme qui inscrit ces mots...

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    • L’AMOUR EST LE LA DE LA VIE DES MORTS Jérôme Peignot

        JE SUIS submergé, d’autant plus qu’impuissant à me battre… pour deux ! Pendant qu’elle dort, je la fixe et puis ferme les yeux essayant de dormir, un tant soit peu, de son sommeil à elle. La fusion est à ma...

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    • LYRISME ET DISSONANCE (IV) François Debluë

          « Si le philosophe est un maître à penser, le musicien est un maître à aimer. » Paul Tortelier, violoncelliste et musicien.   * Après tout le mal que l’on a dit d’elle, il faudrait savoir rendre...

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    • VARIATION Jean Nazelle

                                 ...

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    • FIGURES David Maes

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  • décembre 2009
    • O CRUX AVE, SPES UNICA Claude Louis-Combet

        CE N’EST pas l’air banal d’une chanson qui me revient dans un creux de la conscience, dans l’un de ces moments où s’affaisse la tension vers le monde, vers la vie et l’action. C’est une présence...

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    • HABITATIONS Alain Bernaud

        De l’enfance. DANS la paix des après-midis d’août, ma mère passait dans chaque pièce de la maison pour fermer tous les contrevents de la façade blanchie par le plein Sud, ne laissant du grand jour...

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    • CHEMINS ET ROUTES (III) Claude Dourguin

        DES SIÈCLES durant les labyrinthes de chemins locaux. Incertains avec leurs ornières d’été, leurs cahots, leurs fondrières en mauvaise saison, leurs inondations. On s’y embourbait, s’y couvrait de...

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    • LES GLACIS INVISIBLES Pierre Lecœur

        La cloche. La cloche a redit les dernières heures de coups longs à qui prélevait les signes du matin dans le jour déjà dense coups gras posés sur le silence où éprouver, le voulant à peine la...

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    • LYRISME ET DISSONANCE (III) François Debluë

        Il se croit poète parce qu’il procède par allusions. Il est tout simplement confus.   * De ce jeune auteur, on entend dire : « C’est un écrivain qui monte ». Cela se dit aussi d’une salade, et l’on sait...

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    • POÈMES Gilbert Houël

        GILBERTHouël (1919-2007) fut premier violon de l’Orchestre National. Bien qu’il ne publiât que secrètement, il fut aussi poète. À travers l’évocation des bois et des rivières de sa Champagne...

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    • ALTITUDES (III). GILBERT BEAUNE

      CONFÉRENCE, Nº 29, automne 2009. GILBERT BEAUNE. Calcaire. RUGUEUX, sec, poudrant les doigts, plein de piquants et d’angles qui coupent — fruit de l’immense amour des sédiments de mer dont il...

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    • EN PAIX MAINTENANT REPOSE Pascal Riou

      I. Clocher, cathédrale Saint-Sauveur, haut dressé, tambour vibrant dans la nuit d’hiver que vient battre la mémoire. …………………………………………………………………   Deux ans, mère, que tu n’es plus, deux ans et quelques mois, rien ou bien tout, — et voilà qui est...

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    • LE CORBEAU ET LA CUEILLEUSE DE THÉ Olivier Remaud

      CONFÉRENCE, Nº 29, automne 2009. OLIVIER REMAUD.   TANDIS que je me promenais dans des rues alourdies par la chaleur de l’été, il arriva que surgît un individu qui s’approcha de moi en brandissant plusieurs...

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    • SUITE DE L’HIVER ANDALOU Georges Soleilhet

        à Bernard de Alexandris. I. Campagnes.   Les collines n’ont pas d’arbres,elles sont couchées sur le dos, elles te regardent,elles chantent la gésine des vertset la terre sombre qui se délasse.ici pas de...

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    • MIROIRS DU DOUBLE. SRI LANKA, 2005 (II) Marc Blanchet

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  • octobre 2009
  • juin 2009
    • Europe et les clarines Christophe Carraud

        Les candidats ne manquent pas pour être ministre ou chef d’entreprise et même haut fonctionnaire dans un blockhaus. Il est plus facile de trouver un ministre qu’un vacher. Qu’en déduire ? Que c’est un...

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  • mai 2009
    • TROIS LETTRES DONT UNE PLUS SOBRE. Pascal Riou

      à Saul de Tarse et du vaste monde. I. Cela vous casse les pieds à la fin la poésie qui parle tant de la mort et souvent à voix de prêtre mal déguisée que vous n’encaissez guère. J’entends bien :...

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    • PAGES DU GRAND JOUR Alain Bernaud

      Nordskot. C’est du sommet d’une montagne qu’on réalise com-bien ce pays est peu habité. À perte de vue des campe-ments de lacs, de montagnes, et au loin, vers le sud-est, se dessine le plateau lapon. Au...

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    • Miroirs du double, Sri Lanka 2005 Marc Blanchet

             ...

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    • LE JEUDI DE LA COLLINE DÉLAISSÉE. Jean de Foresta

        Trois poèmes de Jean de Foresta. Ces trois poèmes que nous présentons ici ne sont que les amers d’une œuvre engloutie. Comme d’autres écrivains français de cette époque (Super-vielle, Caillois,...

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    • OÙ VA SE TERRER LA LUMIÈRE Mary-Laure Zoss

        1. au petit jour, la lumière ; pitié pour vous d’une assem-blée debout, presque morte, de vos faces de graine noire, elles se détournent, un peu de notre vie s’en va, on essuie la salive des...

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    • Un miroir brisé et fragmenté Pierre Chappuis

      (À propos de Le Noir du ciel, de Mary-Laure Zoss, éditions Empreintes)   LE lecteur reconnaît immédiatement, sinon une langue, du moins une voix étroitement en accord avec ce dont elle parle, car...

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    • CELLULE (Extraits) Thanassis Hatzopoulos

      Sortie   Et il vaut mieux sortir Du Paradis Avec la connaissance et les ailes repliées   Pour aller là où s’ourdissent les torts Les fautes, les délits   Les crimes   Là où se défait la magie du monde   Le...

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    • CHEMINS ET ROUTES (I & II) Claude Dourguin

      I. IL m’arrive de rêver d’un livre des chemins, catalogue et dictionnaire à la fois, qui évoquerait, recenserait sans du tout prétendre faire œuvre savante, les figures diverses des chemins, leurs...

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  • décembre 2008
    • PASSIVE PASSION DES ORIGINES Claude Louis-Combet

      C’ÉTAIT, dans la conscience neutre, réduite au mini-mum de ses tensions et de ses énergies, l’irruption d’une expression à la fois forte et insidieuse, bientôt obsessionnelle, au demeurant vide de sens...

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    • L’EUROPE AU MÈTRE Étienne Faure

      Passants, souvenez-vous, la crue de 1910, vous qui passez et lisez ceci — car vivants encore — c’est ici à hauteur de vos yeux, leur ligne actuelle de flottaison, qu’elle enfla pour finir à ce trait qui tel un...

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    • DEUX POÈMES Alain Lévêque

        Le secret. Non, envers toi je ne puis être quitte et je le suis moins encore depuis ce jour de janvier où je t’ai revue assise au bord de la fontaine, j’entends toujours son bruit de source, un enfant à...

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    • UNE INQUIÈTE SOLITUDE Alberto Nessi

      C’est l’ombre, c’est l’ombre qui coule sur mon corpset m’aveugle. Gustave Roud, Adieu, 1927.   Automne 1935. Une femme dans la pénombre. Assise sur une simple chaise de cuisine, nue, elle a un peu...

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    • LA MAISON INVISIBLE André Durussel

        Quand l’ombre des grands arbres s’allongera déjà de notre côté, nous percevrons un instant, la hache levée, le bruit familier, à force d’être attendu, d’une maison que l’on bâtit un peu plus loin ; la maison...

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    • LYRISME ET DISSONANCE (I) François Debluë

        TOUT artiste tient du manchot : le poète, le peintre, le compositeur ne travaillent que d’une main. L’autre n’est guère requise, sinon pour tenir la palette, maintenir la feuille de papier en place ou se...

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    • NOTRE-DAME DES AMIS Gianni d’Elia

        Traduit de l’italien par Luigi-Alberto Sanchi.   * Alla musica di Paolo Marzocchi. À la musique de Paolo Marzocchi.   « E la cagion che libertà mi tolse… » Lorenzo de’ Medici. « C’est l’ami ni ardent ni...

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    • ALPAGES Hélène Garache

      ...

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    • ALTITUDES (II) Gilbert Beaune

        Sentiers. ILS quittent les alpages en douceur, grimpent d’un coup, s’accrochent aux rocailles et moraines enraci-nées de saxifrages, s’obstinent jusqu’aux refuges de granit, ou tel un ermite qui...

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    • RÉCONFORT DE LA NEIGE Louis Daubier

        LOUIS DAUBIER, né Louis Dupont le 14 mars 1924 à Orp-le-Grand, dans le Brabant wallon belge, fut un poète délicat, pudique, rigoureux et sans concession. Dès sa tendre enfance, son goût avide pour la...

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    • DEHORS, BLEU ET OR Claire Alfonsi

        Si tu ne me dis pas — sourire — alors, je coule ciment dans corps. * Ils portent tous du rouge à lèvres. De longs cheveux emmêlés dans leurs têtes. Paillettes de rimmel au bout de leurs cils...

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    • DANS L’EAU DU JOUR Philippe Jaccottet

        LES troncs des hauts platanes du parc ont-ils jamais été aussi lumineux que je les vois en ce jour de janvier ? Lumineux à l’égal de la cime du Ventoux que le soleil éclaire aussi — neige ou...

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    • LA PIPE QUI PRIE ET FUME (III) Maurice Chappaz

      10 septembre. Minuscules, infimes petites averses le long du jour. Les granges comme voilées s’effacent sur les prés qui merdoient. Très légèrement la nature tinte et ces mayens glissent presque dans...

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  • septembre 2008
    • ÉCHOUAGES (Petite suite irlandaise) François Debluë

        1. Au soleil descendant sur le sable gris d’une rive sans fin un homme une femme ensemble mesuraient leurs hautes ombres complices Au soir bientôt venu à la nuit mangeuse d’ombres du passage des...

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    • LE DERNIER TRADUCTEUR Teresa Bartolomei

        DE l’autre côté du fleuve s’élève la paroi d’ombre. Elle a toujours existé. Elle était là avant même la fondation de la ville. Nos pères l’ont trouvée là à leur arrivée, et se demandèrent avec inquiétude si l’on ne...

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  • août 2008
  • novembre 2007
    • IN MEMORIAM Jean-Claude Crespy

        (Aux femmes d’Anatolie et d’ailleurs.) LE soleil s’est levé, toisant le village de son œil furieux. Depuis sa fenêtre elle entend au loin le braiment des ânes qui vont aux champs avec leur bât...

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    • CES NOMS QUI NE SONT PLUS DE PERSONNE Joël-Claude Meffre

        Les deux textes qui suivent témoignent de la fréquentation de certains cimetières en déshérence dans ma ruralité intime, et de l’approche des stèles et des épitaphes. Je ne sais pourquoi je les recherche....

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    • DE L’EXPÉRIENCE JUSQU’AU MYTHE : LA PRÉSENCE RÉELLE Claude Louis-Combet

        S’IL est une lumière dont le souvenir ne s’est jamais éteint après qu’elle eut éclairé fidèlement les loin-tains de mon enfance et de mon adolescence et les eut comblés de toute la gamme possible des émotions,...

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    • LE GHETTO Teresa Bartolomei

        IL y a un Ghetto dans notre ville. Personne parmi nous n’y a jamais mis les pieds. Personne ne sait exacte-ment où il est. On connaît son existence, on ne la remet pas en cause, mais on n’a jamais...

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    • AU MILIEU DU GUÉ Pascal Riou

        « Je ne te lâcherai point que tu ne m’aies béni. » Genèse XXIII, 27. I. Tant d’années pour que s’apaise la guerre et que naisse la clarté sur les charniers intimes… Il aura fallu durer dans la...

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    • LA PIPE QUI PRIE ET FUME. Journal des Vernys. Maurice Chappaz

      19 août. Par la fente des volets et la porte à demi ouverte, le petit jour… Dans la pénombre, les rideaux de la fenêtre qui blan-chissent m’éveillent. Les parois de sapin s’éclairent. L’écriture qui...

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    • PROSES DE LA MORT PROCHAINE (I) François Debluë

        Tout va bien, merci. (« Normalement mal » serait plus juste, plus vrai, en regard de la marche du monde et de la nature irrémédia-blement provisoire, fragile, de ce « bien » posé là, presque lancé,...

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  • mai 2007
    • POÈME DE LA FAIM SEULE Patrick Guyon

      I. Où êtes-vous qui vous penchez sur votre sol, dans une douleur inatteignable si ce n’est par la mienne ? Cela justifie-t-il que chacun nous criions à des dis-tances d’étoiles, celui-ci sur la...

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    • DEVANCER LA NUIT Tiziano Broggiato

      ANTICIPO DELLA NOTTE. Traduit de l’italien par Christophe Carraud.   C’è un ricordo di voci conosciute eppure incollocabili nel tempo tra quelle che ascolto alla radio nel mio veloce viaggio in...

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    • EN CHEMIN Claude Dourguin

      DÉPART dans le matin frais, la décision seule retient de se couvrir, engourdi le corps heurte la nappe froide de l’air, cette présence dure — le réel après la trêve des songes, le dehors après le gîte. Quelques...

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    • LIBERA Pascal Riou

      I. Peu après le départ des amis, quand un grand silence passe sur la maison et descend des grands arbres sous lesquels ce furent des rires et la douceur montant des verres aux lèvres puis aux...

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    • BATTRE LE BRIQUET Pierre Chappuis

      […] PAR définition, un travail de création repose sur un pari. Le doute, l’incertitude habite en chacun de nous, dangereusement pour qui se laisse envahir complètement, mais aussi et en premier lieu...

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    • LA DERNIÈRE NUIT Claude Vigée

      Dans mes bras, cette nuit, l’arrachement ultime ! Mourir est un travail affreux qui mérite salaire : à la fin du combat descend la grande paix. Ma chère Évy est morte, le plus vif de moi-même ;nous ne...

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  • octobre 1997
  • octobre 1996
    • OSWIECIM Jacques Darras

        « Je n’y suis allée qu’une fois et je ne peux pas vous accompagner Une seconde fois. » J’ai compris. J’ai compris que l’empêchement Allégué par Bogna est un faux empêchement. Une raison vraie. Je n’y...

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    • LES ÉLOQUENTS Alain Paris

        Personnages : Agnès TOUBELLE. Monsieur BORSARY. EXTRAITS DE LA PREMIÈRE LETTRE DE LA RELIGIEUSE PORTUGAISE PRÉSENTÉS PARAGNÈSTOUBELLE. Considère, mon amour, jusqu’à quel excès tu as manqué de...

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    • RUE DU CHEMIN-VERT Jacques Réda

        Deux ans passèrent durant lesquels, selon une expression consacrée et parfaitement juste, j’empruntai la rue du Chemin-Vert pour aller à Paris. C’est-à-dire dans le centre qui représente, pour les habitants...

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    • TROIS POÈMES DE JEUNESSE dédiés à Bianca Messina Eugenio Montale

        cEStextes préfigurent le premier grand recueil de Mon-tale,Os de seiche (1925). En particulier, « Émois » constitue la matrice du poème « Lettre levantine », lui-même matrice du poème «...

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    • ÉCRITURE ET ERRANCE Maurice Chappaz

          Note.Puisque j’ai huit fois dix ans. 1-2 août 1996, Les Vernys.   Descendu à Vercorin je viens d’envoyer aux correctrices Stéphanie C.-M. et M.-Thérèse L. les épreuves très aimable-ment apportées par elles...

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