RICHARD DESCOINGS : LE LYCÉE, FIN DE PARTIE

 

NON, il ne suffit pas de hausser les épaules avec une lassitude un peu viennoise : « Toujours la même histoire, chacun est dans son rôle ». Un Président soucieux de s’accorder au grand Système de son époque et naïvement indifférent au politique ; un Ministre impuissant devant l’opposition entre la loi de fer du nouveau monde et la hauteur insoutenable de sa mission ; un Rapporteur mondain et ventriloque d’une demande sociale réduite à un motif : que le problème, toujours, soit érigé en solution.

 

Monsieur Richard Descoings aura mis quatre mois pour donner corps un peu au rideau de fumée attendu, qui suscite le malaise d’une satisfaction qui ne rend pas content. Sur cette ultime consultation on peut faire deux remarques, l’une touchant sa méthode et l’autre ses conclusions. Et sous ces deux aspects, on conclura qu’elle est le lieu et l’acte de l’effacement du politique.

 

Il n’y a pas à s’étonner que la consultation soit le signe d’un régime corrompu — serait-il affublé du nom « démocratie » —, mais tout de même que ce théâtre de la démagogie fût orchestré par le haut responsable d’un Institut de Sciences dites « politiques », qui empoisonne ainsi jusqu’au vocabulaire. Comme les autres folklores, celui du politique a la beauté du mort, précipitant ainsi la perte qu’il prétend conjurer. Car comment qualifier autrement ces forums où chacun dit à son voisin, en se considérant soi-même une exception, ce qui circule partout au tourniquet des opinions ? Le filet des sondages a-t-il jamais offert le miracle d’une surprise ? Ce journalisme vulgaire accompagne son époque
— abaisse le seuil de sa lucidité en se faisant le réceptacle des idées reçues (« égalité des chances »), la condamnant à ne préconiser que le plus prévisible (« équilibre des filières générales » ou « valorisation de l’enseignement professionnel »). Il est piquant de voir combien le maître-mot de ces incantations abstraites que l’on répète l’esprit éteint, est « orientation ». Or, que peut-on apprendre d’une société déboussolée, sinon la triste confirmation qu’elle est déboussolée — qu’elle ne se donne une ligne qu’en se crispant sur des poncifs ?

 

La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?