VERS L’INTÉGRATION DE L’HISTOIRE DE L’ART DANS LA SCOLARITÉ : LA FIN D’UNE EXCEPTION FRANÇAISE

 

DEPUIS septembre 2008, l’ensemble des élèves de l’école primaire bénéficie du premier enseignement obligatoire d’histoire des arts. Cette innovation est passée relativement inaperçue, alors qu’elle marque une étape majeure dans la relation que le système scolaire français entretient avec l’art. En effet, celui-ci a toujours privilégié la pratique artistique au détriment de l’histoire et de la théorie de l’art qui demeuraient confinées à l’université. Si cette situation peut aisément s’expliquer, jusque dans les premières années du XXe siècle, par le caractère très récent de l’histoire de l’art comme discipline universitaire, elle apparaît ensuite comme le fruit d’un rejet délibéré. Dès sa fondation, l’école de la IIIe République semble avoir marqué une certaine réserve vis-à-vis de l’art en général. L’éveil et l’éducation des sens esthétiques s’accordent imparfaitement avec son rationalisme triomphant. La musique et le dessin sont présents mais restent marginaux et il faut attendre les réformes consécutives à Mai 68 pour qu’ils fassent une entrée massive dans l’Éducation nationale. La création, en 1973, des agrégations d’art plastique et de musique, dotées d’un corps spécifique d’enseignants et d’un quota d’heures obligatoires, manifeste une volonté de rupture qui, toutefois, ne profite de nouveau qu’à la pratique artistique. Malgré les programmes officiels qui le prescrivent aux nouveaux enseignants, la théorie et l’histoire demeurent largement ignorées. C’est seulement au début des années 1990 qu’une option « histoire des arts » fait son entrée au lycée. Comme son nom l’indique, cet enseignement reste facultatif et, vingt ans après sa création, il concerne moins de 200 lycées. En outre, la vérification du niveau scientifique des enseignants qui en ont la charge n’est fondée sur aucun examen sérieux. Si elle leur est recommandée, la certification complémentaire en « histoire des arts » demeure délivrée par un jury qui ne comporte pas nécessairement d’historiens de l’art.

Voici, brossée à très gros traits, la situation paradoxale d’une discipline pleinement reconnue à l’université, dont l’objet est central dans la vie culturelle française, mais dont l’intégration scolaire apparaît sans cesse entravée. En outre — fait sans exemple dans les autres disciplines et qui ne se rencontre qu’en France — elle est constamment confondue avec la pratique artistique qui, avait coutume de dire André Chastel, se distingue d’elle « comme l’anatomie de la gymnastique ». Les raisons historiques de cette exclusion sont multiples. Afin de les comprendre, il convient d’évoquer une série de circonstances qui peuvent en paraître éloignées. Chacune a pourtant joué son rôle dans une situation dont les causes demeurent essentiellement de nature idéologique et politique. Tel est le propos de ce texte qui vise à tracer des pistes pour un chantier sans doute considérable et relativement inédit.

 

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